MA VIE... MON RÊVE D'ENFANT

... à ma fille Anaïs

Tournée été 70 - quelque part sur la Côte d'Azur

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 Claude Clair nous a quitté le 02 mars 2005...  

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31 Décembre 1974 - Saint-Saulve 20ème anniversaire de mon premier "cachet".



   Peu importe «petit» ce soir-là tu m’as donné l’une des plus grandes émotions de ma vie.

 Lorsqu’il apparut sur scène dans son superbe smoking Francesco Smalto - qu’il était beau ce petit con - là-haut, sa maman, malgré sa cécité, devait être fière et heureuse de le voir ainsi. Quant à moi, au septième rang, avec l’ensemble de notre staff, j’avais – par un croisement superstitieux – la jointure des doigts bleuie, l’estomac en déconfiture.
 Sa prestation fut à la hauteur de son talent, et quand il affirmait «Il y aura toujours des violons», on y croyait.

 On termina cette compétition en troisième position, derrière Israël avec «Ananibi Ananebe» et la Belgique représentée par un autre vrai chanteur lui aussi – Jean Vallée.

 Malheureusement, bien que cet événement aurait pu lui ouvrir sérieusement les portes du succès, Joël n’était pas plus sérieux que Jean-Luc à ses débuts, et très vite nous dû-ment à nouveau nous séparer. Quel dommage, il avait tout pour réussir. Beau mec, une voix, beaucoup de talent… je n’ai jamais entendu un chanteur interpréter Brel avec autant d’émotion que lui.
 Notre dernière rencontre remonte à 1981. En tournée avec Michel Sardou, de passage à Valenciennes, il passera me faire coucou. On devait manger ensemble le soir, il ne vint pas. Depuis j’ai eu quelques échos par Claude Barzotti entre autres, il aurait eu pas mal d’ennuis avec la justice en France et en Afrique, pour des problèmes d’escroquerie.

 C’est la vie, c’est sa vie.



     Il y a toutefois une suite qui pour moi se termine une fois pour toute.

 En 2006, suite à des recherches sur le Net, je tombais sur un site où l'on parlait de lui. Les commentaires allaient bon train, rarement flatteurs, et annonçant notamment qu'il était en prison en Afrique.

 Cette idée m'étant insupportable, je fis des recherches et finis par avoir un contact avec un Attaché d'Ambassade du Sénégal qui me confirma qu'effectivement il avait été arrêté à Bamako suite à un mandat international d'Interpol, et qu'il était emprisonné à Banjul en Gambie.

 Par l'intermédiaire de cet Attaché, nous pûmes correspondre durant un certain temps, 

c'est ainsi que j'apprenais ses nombreux méfaits.

 Méfaits que par pudeur, par honte et par respect malgré tout je n'énumérais pas ici.

 Le 16 janvier 2009, il m'appela depuis l'Ambassade de Dakar, il venait d'être libéré, et pouvait rentrer en France dès le lende-main. Pour se faire, il avait besoin d'argent pour acheter son billet d'avion. Bien que sachant que ce serait à fond perdu, dans l'heure qui suivait, après un passage à ma banque, je lui postais par Western Union le montant du prix du voyage.

 Je reçus quelques heures après de nouveau un appel, il me confirmais avoir son billet, et qu'il serait à Paris dès le lendemain en fin de soirée.

 Le feuilleton continuant, le lendemain, samedi, je reçus de nouveau un appel, émanant toutefois d'une fonctionnaire de la police des frontières, m'annonçant qu'il venait bien de débarquer à Roissy, mais qu'il était embarqué directement à Fleury-Mérogis.

 De nouveau nous eûmes une courte correspondance. Puis le 05 juin 2009 il m'appela, il venait d'être libéré et souhaitait que l'on se voit rapidement.

  Depuis silence radio.  

  Je ne suis toutefois pas sans nouvelles.

 Dînant il y a quelques semaines avec mes amis Mireille & Jacques Couzouyan (MTL. Prod.), j'appris qu'il les avait arnaqués de quelques milliers d'euros. 



     Ce pauvre garçon complètement pourri, est un grand malade et malheureusement rien ne pourra jamais le guérir de cette mythomanie extrême. Au-delà du mensonge, de l'arnaque, ce qui me choque le plus dans cette histoire, c'est le manque de respect... et pour moi "la dite enfance malheureuse, n'est pas une excuse".

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 Chaque fois que je revis Jean-Claude, dès notre premier re-gard, il y avait un fou rire, sans un mot on revivait ce gag.



     Une autre anecdote vécue avec Patrick Topaloff.

 Ca se passe au premier étage de la Tour Eiffel dans le cadre de l'émission de Jacques Courtois "Le Maxi Club". Parmi les habitués de l'émission, le Magicien Dominique Webb, en in-vité Patrick Topaloff.

 Dans ce numéro de grande illusion, Dominique faisait ren-trer l'invité dans une cage, celle-ci était couverte un instant d'un grand drapé noir, quelques signes "magiques"... et à la place de l'invité apparaissait une superbe panthère.

 Classique me diras-tu ! 

 Certes mais il y a bien évidemment un truc.

 Au départ, lorsque Patrick entre dans la cage, le drapé noir la couvre déjà ne laissant visible que la façade. Le fond appa-raît donc noir, si ce n'est que ça n'est pas le drap, mais une cloison en dur qui coince la panthère contre les barreaux du fond.

 Lorsque la façade est recouverte, cette cloison se rabat sur lui, dégageant le fauve.  A savoir que le fond de la cage per-met d'accueillir dans une certaine position l'invité.

 Jusque-là rien d'exceptionnel !

 Où ça devient drôle, c'est que la panthère sans doute excitée par l'ambiance et les lumières, s'est laissée aller à pisser... et quand on saura que Patrick, dessous, ce jour-là portait un superbe costard "beurre frais"... bonjour le teinturier.

 Quelques mois avant sa mort, sur la tournée "Âge tendre et Tête de Bois", je lui avais remémoré cette aventure, il n'avait rien oublié et en avait bien ri. 

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Du devant de la scène aux coulisses...

  Gérard nous a quitté le 25 janvier 2009...  

1976 - Année du relookage... la tondeuse est passée par là !



 Quand début décembre on attaqua la tournée, nous avions un stock assez sympa, et à chaque vente nous étions ravi du succès qu’elles remportaient. Par coup de cœur, j’avais réa-lisé un modèle unique, brodé au nom du Groupe sur un bout, et celui de Michel sur l’autre. Notre souhait, lui offrir bien entendu en souvenir.
 Ce qu’il y a d’extraordinaire et j’en fus très ému (mon côté sentimental une fois de plus), il y a quelques années, travail-lant pour Peter Stuyvesant Travel, Bruno, le frère de Dalida, m’offrit un livre qu’il venait d’éditer sur sa sœur… … quelle ne fut pas ma surprise de trouver une photo réunissant : Michel, Eddy Mitchel, Dalida, Jacques Revaux, Hugues Auf-fray, Johnny & Hervé Vilard, avec… oh ! surprise – Michel portant cette écharpe faite main spécialement pour lui… c’est con, mais j’en ai eu les larmes aux yeux. 

     Autre responsabilité au sein de l’équipe, qui, bien que très agréable, ne manquait pas de me causer du souci : la gestion des quatre danseuses : «Les  Marylènes». 

 Trois étaient mineures, avec tout ce que cela implique de règles, de lois.

 Rendez-vous au bureau pour un départ en province, avec retour dans la nuit, je devais déposer chaque fille devant chez elle quelque soit l’heure. Ces charmantes minettes ha-bitant chacune à un coin de Paris, je me tapais le tour de la banlieue à chaque gala.
 Elles étaient merveilleuses, belles, vivantes, fraîches avec leurs seize printemps, de véritables  rayons de soleil.
 J’étais leur papa poule, pas question de les approcher.

 

 Au cours de ce déjeuner, se présenta à notre table un jeune pigiste de la « Dépêche du Midi », sans doute averti de notre présence par le restaurateur en mal de pub., et qui souhai-tait avoir un interview. Antoine, garçon à la gentillesse légendaire, courtois, pria le jeune homme de s’installer. La discussion s’établit, les questions, les réponses, ambiance sympa. Puis le journaliste nous remercie et demande une dernière faveur, prendre une photo. Acquiescement des intéressés, et là « gag ». L’apprenti grand reporter prend un peu de recul… et, de derrière Antoine, à notre grande sur-prise crépite le flash sur moi...   

 Etourderie, blague, ou réelle ressemblance ?… va savoir. 

          

      Autre partenaire, mais féminine cette fois, avec qui j’au-rai plaisir à m’amuser, la merveilleuse « Grande Duduche » comme l’appelait Jacques Martin : Danièle Gilbert.

 Elle aussi était un véritable phénomène de popularité. J’ai rarement vu autant de personnes apporter des présents à une Vedette. Du bouquet de violettes au napperon crocheté main par la mamie fidèle à ses rendez-vous de «Midi Tren-te». Avec Danièle nous avions une véritable complicité dans notre façon de travailler, et je garde un souvenir très atten-dri de cette période. Par rapports à ses exploits ultérieurs, son apparition notament  dénudée dans « LUI », j’eus quand même un petit sourire narquois, car quel pied de nez à ses détracteurs. Je me rappelle d’un retour d’animation en Côte d’Or, elle était accompagnée de sa charmante maman, et sur l’autoroute, rentrant sur Paris, elle me demanda de nous arrêter, souhaitant se changer.

 Discret, j’étais descendu du véhicule. 

1978 - Marie MYRIAM

lant. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Heureusement il y a d'autres Artistes de talent, pures et pleins de gentillesse. Ainsi en novembre 1986 je vécus un grand moment de bonheur avec Mireille Mathieu.

 Nous nous étions pas mal croisés sur des plateaux TV et radio, notamment en 1978 dans le cadre d'une  émission R.T.L. en direct sous chapiteau depuis Saint-Denis.

 L'anecdote ne manque pas de piquant.

 Mireille demandant à Monique où trouver des toilettes, fut invitée par celle-ci à se soulager dans le petit lavabo de la caravane qui lui servait de loge.

 La situation cocasse assurément convint à la Vedette qui s'isola dans le minuscule cagibis. C'est alors que nous parvins un bruit de chute, et lorsque Monique ouvrit la porte, elle trouva Mireille affalée par terre, le lavabo en plastique sous les fesses, la cloison intérieure de la caravane arrachée... celle-ci n'ayant pas résisté au poids de la "miraculée du Vaucluse".

Juin 2000 - Studio Bernard ESTARDY - Christophe - Mélanie LESMIER & Michel BELLAMARI

 

 La première partie de son spectacle est assurée par autre pote - Michel Leeb, lui aussi un régal.

 Seul point noir si je puis dire dans cette nouvelle aventure sur la route du bonheur, Jean.

 Il est le mari mais aussi le manager, le producteur. Un mec particulier qui pour des raisons qui lui sont propres s'est laissé sombrer dans l'alcool. Il finira d'ailleurs sa vie, après leur divorce à la fin des années 80 dans la misère.

Paix à son âme.

 

     A la fin de cette petite tournée d'une dizaine de jours, il me proposa de m'engager comme secrétaire road-manager de son épouse, pour une autre tournée en fin d'année et un Olympia tout le mois de décembre.

 J'en serai très honoré et prendrais beaucoup de plaisir à servir de chaperon, d'autant que lui ne sera que très rare-ment avec nous.

 Les préparatifs de l'Olympia seont pour moi un vrai bon-heur. Une fois de plus il n'y a pas d'horaires.

 Entre les répétitions, les essayages chez le couturier, la promo TV et radio et autres, je n'ai pas le temps de penser à mes ennuis personnel : la continuité de mes soucis de couple avec Monique.

 

     Ma collaboration avec cette superbe blonde à la voix pre-nante, se terminera pourtant - pas avec elle, mais avec son pseudo-mentor, sur un fâcheux malentendu qu'il provoqua.

 La dernière de l'Olympia se déroule dimanche 26 décembre en matinée. Le soir j'ai une soirée en famille, chose que je n'ai pas eu depuis des mois, et dont il était au courant. 

 

tie de la tournée de Michèle, ils me confièrent la gestion de la billetterie des spectacles de Julien Clerc et de l'Orchestre du Spledid avec Coluche.  Ca se passe à Pantin sous un méga chapiteau, là où sera construit le premier Zénith en France.   

 

     Le réveillon à Bamako. Je suis engagé par le Rotary Club, le président étant le directeur de l'usine Peugeot "mobylette". L'accueil est super, le directeur de l'Hôtel de l'Amitié où je suis logé est l'ancien directeur du Sofitel d'Issy-les-Moulineaux. Nous nous sommes déjà rencontré chez lui lors d'une séance photo pour une tournée Sud-Radio, avec Marie Myriam.

 

 

 Nous étions très complices, elle avait je pense une entière confiance en moi, ce qu'il ne me pardonna sans doute ja-mais, et assurément il y avait-il déjà des problèmes dans leur couple.

 

    Un objet dans ma cuisine me ramè-ne très souvent vers elle, un gros bol en faïence de Salins.

 Lors de la préparation de l'Olympia, dans le cadre de la promo, nous fûmes amenés à participer à "R.T.L. Parade" en direct depuis Pontarlier. Partis la veille, nous avions fait un arrêt à Salins-les-Bains pour manger, et on visita une expo de faïences. Achetant des bols à déjeuner pour ses enfants, elle eut la gentillesse de m'en offrir deux pour les miens, mon fils Christophe et Virgi-nie la fille de Monique.

 Là encore, ce simple geste, un petit détail en somme, mais qui pour moi fut une preuve d'amitié et de confiance.

 

     La semaine suivant la dernière de l'Olympia, je m'envole pour le conti-nent africain, pour y animer le "Réveil-lon du Nouvel An" à Bamako au Mali.

 En rentrant, pour les deux beau-frères de C.C. Productions, ne faisant pas par-

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 Il me fera visiter les studios de la TV Malienne qui se trouvent juste en face de son hôtel. Ces studios ultra-modernes ont été offets par le Gouvernement français - sous Giscard - mais inutilisés depuis... une raison récurrente, il n'y a pas l'électricité.

 Je découvrirai avec horreur que depuis leur indépendance en 1960, il n'y eu aucun entretien de ce que la France leur a laissé. C'est sale, les résidences sont abandonnées, délabrées, les chaussées défoncées, on trouve des foetus dans les cani-vaux... l'horreur.

 Ils sont certes dans la misère, comme beaucoup d'autres pays de ce continent, mais que font-ils pour s'en sortir ?... rien? Travailler assurément c'est trop dur.

 

     Logeant au dixième étage d'un immeuble de dix-sept, un jour je suis devant les ascenceurs. Prés de moi une char-mante autochtone d'une vingtaine d'années. Presque en même temps nous appuyons chaun sur un bouton afin d'appeler, et d'une façon ludique je déclare... le premier arrivé gagne !

 C'est le mien qui arrive, je m'efface pour la laisser entrer, lui déclartant avec un grand sourire... j'ai gagné ! Point.

 

     Le soir je suis invité par le directeur et sa femme à manger chez eux. On passe une bonne soirée et il propose de prendre un dernier verre dans la "boîte" au dernier étage.

 On se retrouve au dix-septième, ambiance club friqué, on boit un verre avec d'autres relations du couple. Un moment tout le monde étant sur la piste et me trouvant seul sur un pouf, j'invite une petite africaine assise à la table d'à côté.

 

 On dans, on fait connaissance, lorsque l'on me tape douce-ment sur l'épaule... c'est la petite de l'ascenceur qui me demande de venir sur la terrasse, qu'elle a quelque chose à me dire.

 La danse terminée je remercie ma cavalière et la rejoins donc. Et là, surprise, je me trouve devant une jeune femme larmoyante, me déclarant que je n'avais pas à danser avec l'autre dans la mesure où elle m'avait rencontré avant, que je lui avais parlé, etc...

 Naïf assurément, je ne comprends pas la démarche, lui demande m'oublier et je vais retrouver mes hôtes.

 Je raconte ma mésaventure à mon ami hôtelier qui se mar-rant me déclare... ici c'est comme ça que ça se passe. Tu lui as adressé la parole, pour elle c'est que tu as envie de sortir avec elle, elles sont là pour ça, c'est leur façon de survivre.

 Je suis désemparé, n'ayant eu à aucun moment de vues sur aucune d'elles, pas plus que sur une autre d'ailleurs.

 Je resterai donc le reste de la soirée sur mon pouf.

 

     Mais ça n'est pas aussi simple dans l'esprit de ces jeunes filles, un client potentiel est un client, et lorsque je décide de rentrer, que je me retrouve face aux ascenseurs, je constate très vite que je suis accomapgné des deux nanas. Me gardant bien de leur adresser la parole, je m'engouffre dans la cabine dès qu'elle arrive, elles m'y suivent. Lorsque je sors à mon niveau, elles également. Je remonte le couloir, elles derrière. Devant ma porte, je leur fais quand même comprendre que je ne veux pas d'elles, qu'elles ne m'intéressent pas et leur demande de partir tout en ouvrant ma porte. Je suis alors bousculé et elles sont dans ma piaule avant moi.

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 Il me sera alors impossible de les virer, d'autant qu'elles vont commencer à s'insulter dans leur dialecte, la première reprochant a priori à l'autre de vouloir me piquer.

 Je suis furieux, mais aucune ne m'écoute. Celle de l'ascenseur fait couler un bain, l'autre commence à se déshabiller, voulant visiblement s'imposer.

 Je suis consterné ne sachant comment cela va se terminer.

 Je passerai la nuit assis sur mon lit, redoutant de m'endor-mir et de me réveiller la chambre vidée de mes affaires.

 Sur le coup de sept heures du matin elles finiront par se décider à partir, en me demandant cinq francs pour prendre un taxi. Leur en filant dix, je me retrouvais enfin seul, pouvant prendre un bain avant de dormir un peu.

 Lorsque le midi je racontais ma mésaventure au patron de l'hôtel, il était hilare, me déclarant...

 - toi qui est musicien, tu as raté une bonne occasion dans la mesure où "deux noires ça vaut une blanche".

 

*

     Mon sérieux et mes compétences seront une nouvelle fois à l'origine d'une proposition à laquelle pourtant je ne donnerai suite.

 Nous sommes en 1983, le Luxembourg vient de gagner "Le Grand Prix Eurovision de la Chanson" avec une jeune chanteurse française Corinne Hermès.

 Les éditions qui la produisent sont les mêmes qui avaient triomphé avec Marie Myriam.

 Elisabeth, la responsable de la promo se souvenant de notre collaboration m'appela au lendemain de leur nouvelle vic-toire, me proposant de prendre en main la jeune gagnante.

 

 Nous nous rencontrâmes le lendemain, et si sur le fond l'idée de refaire un tour des TV d'Europe me convenait, il y avait toutefois un hic.

 La charmante demoiselle était mineure, et je me trouvais confronté à une maman envahissante qui donnait son avis sur tout, ne voulant pas admettre qu'elle n'avait pas sa place dans la carrière potentielle de sa fille.

 En fin de consultation ma position était claire - oui pour m'occuper de la jeune chanteuse, non pour la présence de la maman.

 Elisabeth me rappela deux jours plus tard, désolée, la ma-man ayant décidée de s'en occuper elle-même... je ne sus jamais comment cela c'était passé.

 

*

 

 

 

Eté 81 - Kermesse de la Bière de Maubeuge

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Hervé... mon bon copain

 

 

 

     Au hasard de ma mémoire, il y a cette fameuse "Kermesse de la Bière de Maubeuge", où je passerai des mo-ments inoubliables. J'en ai déjà parlé, mais me reviens un souvenir particulièrement chaud de l'été 81, où j'anime et présente avec mon ami Joël Alain.

 Ce jour-là, en Vedette Hervé Vilard.

 Nous nous sommes séparés en fin d'année dernière, au-jourd'hui collaborateur de Michel Sardou - aux Etats-Unis pour l'été, nous nous revoyons pour la première fois.

 

     En première partie de son spectacle, une amie connue à La Boulangerie des Tuileries au milieu des années 70 Agnès.

 Cette merveilleuse jeune femme a un numéro comique très particulier, fidèle pensionnaire de "la Classe" une émission de Guy Lux sur la "3", elle présente des sketches en petite fille... grande, brune, air malicieux, petites couettes tressées... elle donne entr'autres la définition du flirt et du baiser avec la langue. Vu par le personnage d'Agnès, ça donne...

 - le baiser avec la langue c'est comme si tu voulais lui pi-quer son chewing gum...

autre définition, les fiançailles....

 - c'est comme si on t'offrait une patinette pour Noël et que tu n'aurais pas le droit de t'en servir avant Pâques... mais t'aurais le droit de jouer avec la sonnette.

 Ce soir-là, un samedi, le chapiteau est archi-plein, soit plus de quinze milles personnes qui attendent Hervé au top de sa notoriété.

 Il fait particulièrement chaud en ce mois de juillet. 

 

 Les sapeurs-pompiers croyant assurément bien faire pour rafraîchir l'atmosphère, ne trouvèrent rien de mieux que d'arroser le chapiteau avec leurs lances à incendie.

 L'effet ne se fit pas attendre, et de la chaleur torride du cli-mat du Nord de cette été là on passa à la moiteur tropicale.

 Dans cet espace de fête c'est irrespirable. La bière coule à flots, les esprits s'échauffent, l'ambiance tourne au délire.

 Pour Hervé c'est l'année de "Reviens", et comme je l'ai con-nu avec Francis Cabrel deux années auparavant, la situation est insurmontable pour cette pauvre Agnès. Elle ne finira pas son premier sketch, quittant la scène sous les huées d'un public surchauffé et décidément hostile.

 Ses pleurs me bouleverseront et c'est la rage au coeur qu'à mon tour je redescendrai dans l'arène pour présenter celui qu'ils attendaient.

 

*

 

     Lui aussi, Hervé, sera une belle page de ma carrière tant sur le plan professionnel qu'amical.

 A la fin de l'été 79 nous venons de terminer avec Marie Myriam la tournée de Patrick, leur énième réconciliation le soir de la dernière me mettra plus que jamais dans une situation difficile. Je ne sais plus où j'en suis, quelle position professionnelle je dois prendre. Consciente de ce malaise, Marie me fera comprendre que si je désire la quitter, elle me comprendrait, ne sachant pas elle-même a priori où elle en était. Quinze jours plus tard ils se sépareront cette fois défi-nitivement.

 Je lui resterai fidèle et attaché jusqu'au printemps 80, son

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agent, Charley Marouani, ayant signé une tournée en première partie de Hervé.

 Tournée de Théâtres en France et en Belgique, produite par Jean-Claude Camus et son beau-frère Gilbert Coullier dont je ferai la connaissance à cette occasion à Rouen.

 Au programme : un jeune ventriloque belge avec une marionnette très émouvante et très attachante, Michel Dejeneffe et son Tatayet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une merveilleuse chanteuse à la chevelure de feu et à la voix chaude Patricia Lavila... puis Marie et Hervé.

 

     Dès le deuxième jour de la tournée, Hervé se trouve en carafe sur l'au-toroute de l'ouest, voiture en panne, le chauffeur-secrétaire abandonnant son poste.

 

 Avec Marie nous lui proposons de le dépan-ner, l'emmenant avec nous.

 Sur les spectacles Monique s'occupant de la loge et de la préparation de Marie, cumulera en s'occupant de lui, nous ferons ainsi la tournée jouant les "mères poules" de tout ce petit monde.

 Ce sera pour nous une véritable joie, jamais je n'aurai avec un artiste une telle communi-cation. Lorsqu'il entre chaque soir en scène, ne le quittant pas un instant, je serai aussi épuisé que lui, lui insufflant toute mon éner-gie avant qu'il n'affronte son public.

 

     Le soir de la dernière à Liège, Marie ayant décidé de mettre un terme à son activité ar-tistique, il me proposa de collaborer officiel-lement avec lui, chose que j'acceptais avec grand plaisir.

 Nous aurons des rapports très étroits, une confiance mutuelle absolue. Il me confiera la gestion de ses comptes, m'enverra acheter la voiture que je souhaite, une "belle américai-ne" choisie avec Didier Barbelivien, sous pré-texte que je n'aime pas la "CX Injection" qu'il a lors de notre rencontre.

 Il faudra la maladresse d'un de ses copains avec la dite "américaine" pour que l'on en arrive à une prise de gueule mémorable.

 Je garderai toujours pour cet écorché vif lui

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aussi, une réelle et profonde amitié encore au-jourd'hui partagée.

 Monique fait partie intégrante de son équipe, préparant sa loge, ses chemises et costumes et bien sûr son thé au miel dont il fait chaque soir une consommation impressionnante.

 Lui sera un admirateur de notre "fille", enfin celle de ma femme, il la gâtera, la moindre oc-casion sera excuse à cadeau.

 

 

     Il me revient une anecdote très surprenante avec Hervé.

 Nous sommes le dimanche 04 mai et dans le cadre de plusieurs galas dans le Sud-Ouest, ce jour là nous passons la journée sur les anten-nes de Radio Andorre. Avec nous le responsable promo de Tréma son label, Claude-Pierre Bloch.

 Depuis le matin l'ambiance est bonne, à l'heure de l'apéro nous sommes au petit jaune, quand tombe la dépêche : "Le Maréchal Tito est mort".

 Militaire à la poigne, il était à la tête de la You-goslavie depuis la fin de la guerre.

 Hervé soudain s'écroule en larmes, pleurant la mort du dictateur... encore aujourd'hui je me pose la question... éprouvait-il réellement du chagrin pour ce personnage ou était-ce l'effet du pastis, lui qui n'est pas le genre à picoler.

 Une chose est certaine, il ne vit pas grand cho-se de notre descente depuis Andorre-la-vieille, blotti dans les bras de Claude-Pierre pour pleu-rer, et c'est tant mieux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Lui qui n'était pas très rassuré en voiture, aurait eu la peur de sa vie en voyant la tempête de neige dans laquelle nous sommes descendus de là-haut... pour ceux qui ne connaissent pas cette route, c'est l'enfer.

 

     La complicité qui nous unit quelque chose d'exceptionnelle. Les der-nières minutes de sa préparation, je ne peux y être, une telle tension passe par nos corps que de véritables étincelles en jailleraient. J'ai l'impression d'avoir plus le trac que lui, et jusqu'à ce qu'il soit sur scène je suis dans un état épouvantable. Après sa première chanson, les premiers applaudisse-ments, je me relâche, je décompresse, et là je me retrouve comme une loque, complètement vidé. Il m'a piqué toute mon énergie, et putain que c'est bon.

27 Avril 1980 - LA LOUVIERE (Belgique)

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L'année suivante lorsque je serai aux côtés de Michel Sardou je revivrai les mêmes sensations, je ressentirai le même vide en moi après son entrée face à son public.

 

     Un dimanche de juin, nous sommes en gala dans une petite ville de Belgique. Le spectacle se déroule en après-midi dans la cour d'une école. Comme toujours dans ce merveilleux pays qu'est la Belgique, l'accueil est chaleureux. Lorsqu'Hervé entre en scène c'est très vite une ambiance de fête qui s'instaure.

 Alors qu'il doit être à la cinq ou sixième chanson, après les applaudissement, il n'a pas le temps d'enchaîner la suivante.

Une rumeur monte soudain des deux milles gorges des spec-tateurs, pétrifiant le chanteur... "toum toum... toum toum.... toum toum..." la foule en parfaite harmonie vient d'imiter le "guimique" de la basse qui démarre l'intro de son incontour-nable "Capri c'est fini".

 Il y a quelques secondes de surprise, puis un immense éclats de rire relie la vedette et son public.

Après ce gag collégial, ils patienteront jusqu'à la fin du tour, pour enfin entendre le premier "tube" de leur Star.

 

     Ce même jour, en début d'après-midi, nous avions déjà vécu une petite aventure originale. Il y avait au Parc de la Villette une grande fête intitulée "Israël 80" à laquelle Hervé et beaucoup d'autres artistes étaient conviés.

 Le plateau était non stop, présenté par Maurice Favière l'un des animateurs vedettes de R.T.L.

 

 Après sa prestation de trois chansons, avant de prendre la route pour la Belgique, nous sommes invités à prendre un verre au bar des artistes.

 Nous avançons dans une foule compacte, je suis entre Hervé et Enrico Macias, juste devant moi Jean Amadou.

 Soudain mon regard, pour une raison que j'ignore, se porte sur les talons du chansonnier, découvrant sous son "45 fil-lette" un billet de 100 balles.

 Tout en marchant je m'abaisse, le ramasse sous le regard ébahi de Enrico qui déclare avec son accent bien connu... je ne le crois pas, il est le seul "goy" de la manif et c'est lui qui le trouve !

 Il fallait effectivement le faire, dans une foule de plus de dix milles personnes trouver un billet de cette somme... j'étais indéniablement encore dans une période faste.

 Inutile de dire que je ne le déposais pas aux objets trouvés.

 

     Témoin également de ces temps forts avec Hervé, mon ami René Guérin l'ancien batteur du Martin Circus.

 Lorsque quelques années auparavant le groupe a éclaté, il s'est reconverti dans la presse en temps que rédacteur en chef d'une revue spécialisée "Batteur".

 Je suis désolé qu'il ait abandonné "les baguettes", et sans arrêt je le bouste pour qu'il y revienne.

 L'occasion se présentera avec Hervé. Lorsque je viens travailler avec lui, il recherche de nouveaux musiciens, ce sera pour moi l'occasion de pousser René à constituer le groupe d'accompagnement.

 Lorsque Hervé partira pour l'Amérique du Sud, tout comme je passerai chez Sardou, René lui partira avec Frédéric Fran-çois ainsi que l'ensemble de ses musiciens

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     A propos de Frédéric, j'assisterai à une manigance qui me laissera stupéfait lorsque je la déccouvris.

 Lorsque je m'occupe d'Hervé, je partage un coin de bureau chez Vic Talar qui est son agent ainsi que celui de Macias et de Sardou.

 Dans ce bureau un autre ami, Moïse Bénitah, accompa-gnateur et proche d'Enrico.

 Un jour que nous étions que les deux, Vic étant aux Etats-Unis avec son chanteur pseudo pied noir, un appel télépho-nique du producteur belge de Frédo - Constant Defourny que je connais bien.

 Celui-ci vient de signer un nouveau contrat disque chez Tréma, et sur proposition de l'un des patrons de ce label, le frère de Vic, il appelle afin de traiter la représentation de son poulain en France.

 Passant la communication à Bénitah, il traita l'affaire à son propre compte.

 Comble de l'arnaque, jusqu'à ce qu'il crée son propre label avec ce nouvel agent - "MBM." Frédo était persuadé sans jamais l'avoir rencontré que son agent était Vic Talar... c'est ce qu'il me confia en se marrant devant Moïse il n'y a pas très longtemps.

 Une chose est toutefois certaine, il géra la carière du chan-teur belgo-sicilien comme Vic aurait été incapable de le faire.

 

     Avec Moïse, lors d'un gala avec Enrico, j'ai connu une anecdote "groupie" relativement marrante. 

 

 

 On se trouve dans un Novotel après le spectacle, l'un des musiciens y a ramené une nana qui persuadé qu'elle pourra approcher le chanteur, accepte de passer un moment avec lui.

 Son affaire consommée, il lui déclare aller chercher Enrico, il sort de la chambre. Dans la minute qui suit, on frappe à la porte, la jeune femme étant toujours au lit, la chambre dans le noir. un mec se glisse sous les draps, elle remet le couvert bien que réalisant que ça n'est pas celui qu'elle espère.

 Si ce manège permit à une bonne partie des musiciens de profiter des faveurs de la groupie, elle finit par craquer, et s'enferma.

 Les allers et venues ont fini par ameuter tout l'étage, c'est ainsi que je me trouve en caleçon dans le couloir ainsi que Gaston... alias Enrico.

 Mis au courant du stratagème, celui-ci décide de tenter sa chance et va frapper à la porte.

 Nous sommes pliés de rire, mais stupéfaits de ce qui va sui-vre. La nana derrière la porte toujours en attente de son chanteur demande qui est là, à la réponse... c'est Enrico, elle ne veut bien évidemment pas le croire... je t'assure c'est Enrico, ouvre-moi !

... et là,la chute est mortelle...

 - si tu es vraiment Enrico, chante-moi une chanson.

 Alors, sans sourciller, s'agenouillant devant la porte il en-tonna "Ah! quelles sont jolies les filles de mon pays..." le res-te de l'équipe pleure de rire, frappant des mains.

 Sans doute réalisant qu'il n'était pas seul et que le gag était

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de taille, elle n'ouvrit pas nous laissant sur notre faim.

 

     Lorsqu'en mars 2003 je rendais visite à Enrico à l'Olym-pia, c'était dans la nouvelle salle, certes refaite à l'identique.

Si je retrouvais l'ambiance des "youyous" connus lors des trois Olympia que je fis avec lui, je ne retrouverai pas l'at-

 

mosphère de mon Olympia d'antan. Il n'y a plus l'âme de l'original, les ondes de Brel, de Piaf et tant d'autres qui t'en-veloppaient lorsque tu te trouvais derrière le grand rideau rouge... c'est d'ailleurs ce que déclara Robert Charlebois lors du cinquantième anniversaire de "ce temple du music-hall".

Michel... mon idole

 

 

    C'est lors de ma séparation d'avec Hervé que je réaliserai l'une des plus belles pages de ma carrière, et ce je pense, toujours parce que cosnciencieux, travailleur, intègre et sérieux - excuse du peu... que Vic Talar, agent de Michel me proposera de collaborer avec lui.

 Après des démêlées avec son ancien clan,  Michel reconsti-tuant autour de lui une nouvelle équipe, étant disponible, je le rejoins.

 J'aurai auprès de lui la place sans doute la plus enviée mais aussi la plus vulnérable.

 Je deviens son secrétaire, titre comme disait Ticky Holgado, un certain temps secrétaire de Cloclo puis de Johnny, qui n'a rien à voir avec "une secrétaire" de la sécu ou même d'un ponte de l'industrie, en effet j'aurai rarement l'occasion de taper à la machine.

Mon rôle...? une fois de plus, être un peu la "nounou" - être là, être là en permanence, pratiquement 24/24.

 Ne pas le quitter des yeux, le protéger, sans pour autant être son garde du corps, le conduire en général "vite et bien" -  ce qui m'amènera à battre un record, celui de me faire gauler à trois reprises sur l'autoroute de l'Est, la troisième fois à plus de 250 kilomètres heure.

 Voir, prévoir, être prêt quelle que soit l'heure et la distance, à rentrer, selon l'hmeur et l'état d'âme de la Vedette.

 

     Michel depuis ses tous débuts est mon idole, nous nous 

 

sommes croisés la première fois en 1972 sur le plateau de Danièle Gilbert, mais c'est véritablement en 76 lors de sa tournée explosive que notre amitié se révèlera, et lorsqu'il fera appel à moi, je serai fou de joie.

 Avec également la confiance sera totale... il me serait d'ailleurs impossible de collaborer autrement.>

 

     Une anecdote... lorsque nous nous ferons intercepter à très grande vitesse, nous venons de Besançon (décidément cette ville !), et nous nous rendons à Metz où nous avons le spectacle le soir, mais avant une interview avec Télé Luxem-bourg.

 Déjà, partant de Besançon avec du retard, je roule bon train. Premier contrôle par deux motards lorsque l'on traverse Luxeuil-les-Bains.

 J'ai droit aux noms du père, de la mère et j'en passe... on perd une demi-heure.

 Nous repartons, je remets la gomme voulant rattraper le temps perdu. Un radar me signale entre Epinal et Nancy... re-motards, re-nom du père... à nouveau du temps perdu... Michel commence à s'énerver.

 Lorsque j'attaque l'autoroute pour le tronçon de Metz, ayant perdu plus d'une heure, je suis à fond. La surprise nous attend au péage. J'ai été flashé à 256, les motards de la Gen-darmerie nous guettent.

 C'est alors que Michel pète les plombs, il descend de voiture et sur un ton relativement énervé déclare qu'il a une émission télé à Metz avant son spectacle, qu'on est à la bour-

Mon Ami Yves BRUNIER

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elle également blanche. Ca plait beaucoup aux enfants et partout où il se produit ça marche.



     En décembre 78 nous sommes en gare de Metz dans le cadre d’une opération avec Télé Luxembourg "Le Train de Noël".
 Le principe, un train va de gare en gare, des artistes font
du spectacle et les enfants sont invités à venir déposer les jouets avec lesquels ils ne jouent plus, pour les remettre par l’intermédiaire de la Croix Rouge, à d’autres, déshérités.
 Un moment, une envolée de pigeons dans les charpentes du hall de gare attire l’attention de la belle colombe, qui pre-nant son envol alla retrouver ses frères.
 Il fallut à Rémy plus de deux heures pour la récupérer.
 

  En 1989, il passa un jour à la maison de Châtillon, il partait à Europapark. C’est là que j’appris l’exploit insensé qu’il avait réalisé quelques mois plus tôt… la traversée de l’At-lantique à pied.
 Chaussé de flotteurs, tirant derrière lui un radeau de sur-vie, il partit des Îles Canaries pour arriver à Trinidad deux mois plus tard… et ce, sans eau ni vivre.
 Il faut être fou… pourtant, je le revis en juin 2003 à Paris, et il était rentré quelques mois plus tôt d’une autre traversée.
 Petite anecdote qui me fit plaisir. Lorsque je lui appris que j’avais produit le dernier album de Gold, il s’exclama... il est génial, je l’avais emmené dans ma traversée, marchant en rythme sur "Les Voix du Pacifique".
Sympa non !

1974 "La Rencontre"

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 Le soir durant son spectacle, inconsciemment je me trou-vait sur scène derrière un pendrillon côté "jardin", dans le même axe que lors de ce fameux Olympia.

 Ce nouveau spectacle était plus basé sur le festif que sur les imitations, pourtant un moment, après un échange de re-gards, il repartit, au grand étonnement de René Coll, dans une série de sketchs notamment de Coluche.

 Le coeur débordant de bonheur, je ressentis la même émo-tion que 22 ans plus tôt.

 Lorsque je repris la route, seul au volant dans la nuit, je pleurais, rassuré que quelque part j'avais assurément une toute petite place dans son coeur.































19 juillet 1979 - Samoëns - sa 1ère tournée en "Vedette"

 

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queline Huet. La pauvre super speakerine qu’était-elle venue faire dans cette galère. Parler à un œilleton de caméra dans l’atmosphère confinée d’un studio, c’est une chose, faire face à cinq mille excités et tendus par la situation explosive du moment, c’est une autre chose… et bien entendu Jacqueline n’était pas taillée pour cette seconde formule, et très vite elle débarqua.



     C’est au cours de cette tournée qu’avec Patrick on fit vé-ritablement connaissance, en dînant pour la première fois ensemble, au premier étage d’une brasserie à Orléans. Nous nous étions déjà rencontré à la fameuse «Boulange», mais ce soir-là, nous avons véritablement lié d’amitié comme on dit. Il venait de se séparer d’une petite amie du moment, qui s’occupait de ses contrats. Etant, il le précisait lui-même bor-délique, je lui proposais de l'aider – avec cette réserve – si ça venait à bien marcher pour lui, il avait fait la promesse à son meilleur ami de Brives, de l’appeler. C’est ce qui se passa et qu’ arriva quelques temps plus tard notre regretté Olivier. 

 

     J'ai des souvenirs extraordinaires de cette tournée.

 Chaque soir, contrairement à mon habitude d'être en cou-lisses près de mes artistes - les Martin, j'allais dans la salle pour le voir, et chaque soir il me demandais mon avis. Je me souviens de cette anecdote, il avait dans son tour à l'époque Pierre Péchin - personnage que je n'appréciais guère, le trou-vant vulgaire, et qui revu et corrigé, carricaturé ne pouvait que l'être davantage. Lui en ayant fait part, le lendemain il l'avait purement et simplementsupprimé de son répertoire.

 

      A la fin de l'année 76 et au début de la suivante, il y eut deux tournées avec Michel Sardou. La haine était à chaque entrée de salles ou de chapiteaux – Michel chantait Je suis pour. Quel est le père qui ayant connu l’horreur du crime de son enfant, commis par un monstre tel que Patrick Henri – ne l’a pas été «pour»… la peine de mort, plus précisément dans l'esprit : la loi du talion.

 Il chantait également, déplorant la perte du paquebot «France» un hymne au génie et au labeur des ouvriers des chantiers navals français. Et tous ces cons de gauchos mani-festaient, le traitant de facho, mettant en Belgique, au Fo-rest National des bombes, à Toulouse le feu au chapiteau, à Amiens de crever les pneus de nos voitures, à Avignon défi-lant au pas de l’oie avec des manches de pelles et de pioches, prêts à tout casser, pour l’unique plaisir malsain de casser.
 A Toulouse par exemple, il y eut dans la journée une manif. féministe, où une centaine de nanas hurlaient leur haine par rapport à la chanson Les Villes de solitude, dans laquelle il est dit… je voudrais violer des femmes. Lorsque le soir Michel présenta cette chanson, il fit allusion à cette manif. et déclara… qu’elles se rassurent, elles ne risquent rien, d’après ce qu’on m’a dit, elles sont imbaisables.
 Son public explosa de joie et d’applaudissements.
 Malgré cette folie de l’homme déclenchée par une chanson, chaque soir les salles étaient archi-bourrées, fort heureuse-ment il y avait les pro-Sardou.
 En première partie Patrick – le Martin Circus, au départ et pour moins d’une semaine, présentation assurée par Jac-

Pourquoi tant de haine...?

Le Cirque SPIROU...

La Magie du Microphone

guer, mais c’est pas à ma connaissance un "bringueur".

 Le gars insiste. Je lui demande d’où il connait le dit Paqui... et là je suis scotché lorsqu‘il me raconte...
... je l’ai connu il y a trois ans à Nantes, il travaille avec Rika Zaraï. On avait mangé après le spectacle dans un resto sur une place où il y avait une fontaine. En sortant à trois heu-res du matin, après avoir bien rigolé, il avait balancé un bidon de cinq kilos d’Omo, dans la fontaine. Un quart d’heu-re après il y avait un mètre de mousse sur toute la place.
 J’éclate de rire, car effectivement j’étais à l’origine de cette blague... et je finis quand même par déclarer au 
gars que j'étais celui dont il parlait.

 Le mec est complètement déconfit, ne sachant où se met-tre, conscient du ridicule de sa situation.
 En résumé, il avait effectivement assisté à la soirée. On de-vait être comme bien souvent après un spectacle une ving-taine à table, et comme beaucoup dans ces cas-là, il était venu s’incruster. Pour ce qui me concerne je n’avais aucun souvenir de lui, c’est logique.
 Tout ça pour dire, que dans l’esprit de certains, on fait rêver tout simplement parce que l’on vit différemment, que l’on fait des choses qu’ils ne font pas, qu‘ils aimeraient peut-être faire mais n‘osent pas.

 Il y a quelques jours j’ai entendu Pascal Obispo déclarer à propos de Star Académy... "on ne fabrique pas un artiste, on est artiste dans l’âme ou pas". Je ne peux qu’adhérer à cette position. 
 Dans le cas de ce gars, sa fierté, c’était sans doute auprès de ses copains, de dire qu’il connaissait un mec de la bande à Rika Zaraï.



Manitas de Plata, et bien d’autres, chaque fois je ressentirai la même appréhension. Ce rideau rouge qui frémit, ce pro-jecteur en douche qui te tient prisonnier dans son rond au sol, et puis ce sentiment de se sentir quelqu’un.​

 Maman, papa, vous auriez aimé m’y voir.
 

     C’est cette même année 72 que je fis ma première télé.
"Eh ! bien raconte", une émission de Georges Folgoas, diffu-sée le soir avant le journal, rassemblait un certain nombre de raconteurs, de chansonniers. Chacun y allait de sa petite dernière. Georges Folgoas eut l’idée de donner sa chance à des inconnus du grand public, et c’est ainsi que je me re-trouvais sur le plateau de tournage, parrainé par deux êtres exquis, Jean-Louis Bléze et Philippe Clay.
 Ce premier exploit télévisuel ne sera toutefois pas entériné.























Face à face houleux avec Jacques Marin - Photo Télé 7 Jours



 Si le tournage eut bien lieu, l’émission, à ma connaissance, ne fut jamais diffusée. Un fait que je considère toujours 

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                            De la plume à l'ordi...                                                                                                 

 

Vous avez dit... Show Biz ?

                                           Moi, je connais... un peu        

présente pas mal de spectacles, dont des présélections pour le Comité Miss France de Mr de Fontenay. C’est au cours de l’une de ses présentations – en 1973 - que je fis la connais-sance dans les Ardennes de Sonia Perrin. Elle a tout juste dix-sept ans. On se reverra l’année suivante dans le même contexte, elle est devenue Miss Lorraine… puis un jour je reçus un coup de fil, elle venait d’être couronnée Miss France, c’était en 1975.   

 En 2001, alors que j’étais dans un restaurant de la Place du Châtelet à Paris, avec Christophe et mon ami Michel Bella-mari, je la revis…portant merveilleusement la cinquantaine elle est plus que jamais une superbe belle femme toujours mannequin pour le couturier Thierry Mugler.



- Anecdote : De son vrai nom Sonia, à l'époque Monsieur de Fontenay estimant que cela ne sonnait pas suffisamment français, avait décidé de la rebaptiser Sophie. Ca fait sourire quand on voit certaines qui ont suivi.

Selon sa déclaration lors de notre dernière rencontre, nous sommes 3 à encore l'appeler Sonia... son papa, son frère et moi.

     Mes présentations me permettront de faire la connais-sance de pas mal de Vedettes, Antoine fera partie de mes préférés. Sans jouer les passéistes, les aigris, et surtout sans l’être, il est flagrant que ces années-là et la décennie qui sui-vit, le spectacle était au mieux, comme les appellera Patrick, c'était indéniablement les "Années Bonheur".

 Il y avait énormément de Comités organisateurs, et les pla-

 





    C’est au cours d’une Soirée de Gala en province, avec cette équipe, que ma deuxième épouse s’imposa et en quel-que sorte, m’abusa.  

 Seul à cette époque, les partenaires faisaient légion, il faut dire que le SIDA n’était pas encore un souci, et celle qui au-rait eu envie de me mettre le grappin dessus, à mes yeux n’était pas née. Pourtant, ce soir-là, avec ses cuissardes et sa «mini minie», elle changea la donne. Ayant terminé ensem-ble la nuit dans un hôtel avant de regagner Paris, elle n’était pour moi qu’une groupie comme tant d’autres, et ça ne pouvait être sérieux.

 Ca le fut pourtant, puisque piégé par l’arrivée d’un petit bonhomme, qui comme moi n’avait rien demandé. Honnête et respectueux, je l’épousais donc reconnaissant mon fils : Christophe.

 Très jolie blonde aux yeux verts, Nicole ne manquait pas d’humour. Ainsi lors de notre mariage un an après la nais-sance de notre fils, elle adressa à toutes les jeunes femmes dont elle avait trouvé les coordonnées dans mon agenda, un faire-part de mariage. 

 Drôle, non !                                 

 Trois années plus tard ce sera la séparation. Ayant déjà fait une première erreur en s’imposant d’une façon à mon sens pas  très honnête – au nom de l’amour paraît-il – elle me fit une sorte de chantage, me demandant de choisir : elle et no-tre fils ou mon métier...    

 Quelle question !      

 

     Indépendamment de mes prestations avec l’orchestre, je

 

Les Années 70

     La décennie "ascension"       

 Moi, je suis seul, et comme chaque soir je suis triste et malheureux de me retrouver ainsi dans notre belle maison de Châtillon où tu devrais être avec maman. En fait je ne suis pas seul… il y a près de moi notre « Winnie » qui, très câline est allongée sur le canapé.

 Pourquoi ces écrits, pourquoi ce recueil de souvenirs mon bébé ?... Parce que j’ai besoin de parler, de me confier ne serait-ce qu’à une feuille de papier, et aussi, peut-être pour que tu puisses bien connaître ton papa, si l’avenir décidé par maman, nous amenait à une séparation et que nous n’ayons pas ou plus l’occasion d’en parler.

 Tu remarqueras la date, le 29 janvier. Tu as sept ans depuis juste un mois, et moi, dans moins de deux semaines j’en aurai cinquante six.

    Depuis une dizaine d’années j’ai pas mal écrit, voulant te laisser la trace de mon passage sur cette terre. Il y aura plu-sieurs tentatives de mises en pages, et puis aujourd’hui, à quelques mois de tes dix-huit ans, je pense qu’il est temps que je réalise véritablement ce projet.
 Mon premier essai remonte au samedi 29 janvier 1994… ma démarche, te faire une longue lettre pour toi seule, et je commençais ainsi…
 Il est un peu plus de vingt heures et je viens de te parler au téléphone, comme chaque soir depuis ton départ avec ma-man chez mémère et pépère. Ce midi nous avons mangé ensemble au Quick, cet après-midi tu as fait une sieste et, ce soir tu m’as dit vouloir regarder à la télé « Super nana ».

 

    Fin juin 1954 -

   L’année scolaire se termine et juste avant les grandes va-cances qui commenceront le 13 juillet jusqu’au 1er octobre, comme chaque année, dans la cour de la maternelle, c’est la «Fête des Ecoles». Organisée par le Comité de l’amicale laïque du village, avec la collaboration de l’ensemble des instits et des parents d’élèves, c’est l’occasion de faire le point avant la fameuse «remise des prix».

 J’ai eu mes 16 ans en février, et bien qu’au lycée de la ville voisine depuis mes 11 ans, je suis régulièrement de la fête, mes parents, grands-parents, grande sœur et beau-frère fai-sant partie de l’organisation. Ils sont également impliqués dans les autres associations de la commune, et en cette période d’après-guerre, les activités sont nombreuses.  En-tre le bal des pompiers, la fête des écoles, les défilés du 14 juillet et autre 8 mai, entre les démonstrations de «gym» de l’Alerte, et les concerts de l’Harmonie municipale, avec les jeunes de ma génération, je ne manque pas de loisirs sains.​​​​​​​​

 Chaque famille a sa part de responsabilités dans les diffé-rentes associations, les mômes que nous sommes, après les privations de l’occupation, nous nous éclatons avec peu de choses. Chaque week-end est l’occasion de réjouissances, la bonne humeur étant toujours au rendez-vous, et toutes gé-nérations confondues, on s’amuse.
 Passionné de musique, très tôt je prendrai des cours de solfège à l’harmonie, avec pour objectif, depuis que j’ai soufflé dans la trompette de l’un de mes tontons (le papa de Marie-José), devenir moi aussi "trompettiste". C'est a
vec quelques privations que mes parents m'offriront ma pre-mière "Selmer" pour mon douzième anniversaire.

 Elle sera et restera le plus merveilleux des cadeaux.

 Aujourd’hui, oxydée, tâchée par le temps, elle trône dans mon bureau, accrochée au mur. Elle sera d’autant plus la bien venue et me comblera de bonheur, que depuis qu’à l’harmonie je suis parmi les jeunes «au pupitre», on m’a doté d’un «cor». Si la technique des lèvres, du souffle et de la mécanique des pistons sont les mêmes, le son bien que très agréable, ne me convient pas vraiment.

 Fan – le mot n’existait toutefois pas à l’époque – des grands du moment : Aimé Barelli pour les français, mais surtout des américains aux noms qui me faisaient rêver, tels Harry James (que je découvrirai par le film «Le Bal des Sirènes» avec Esther Williams) - Eddy Calver et sa trompette d’or – sans doute le premier au monde a avoir ce type d’instru-ment, puis dans un autre registre, le jazz : Monsieur Louis Armstrong.



    Malgré le talent de ces prestigieux artistes, mon idole était pourtant un cubain (migrant espagnol) : Xavier Cugat – qui se fit connaître sur le vieux continent grâce à l’inter-prétation très «typique» d’une chanson française  intitulée «Cerisier rose et pommier blanc». Cette mélodie doucereuse au départ, succès d’un enjôleur à la voix sucrée : André Claveau, qui fut durant la guerre et les années suivantes, avec Tino Rossi, l’un des chanteurs le plus apprécié des femmes, notamment celles privées de leur mari durant le conflit, avait pris les couleurs du soleil des Caraïbes. Le thè-me du refrain joué d’une façon étonnante, avec un ralentis-sement et un étouffement de la quatrième note, avant de prendre le rythme langoureux du "boléro", avec une nette prédominance des percussions. Un vrai régal pour l'époque,

et lorsqu’en cet été 1954, je me produisis avec mon premier orchestre, sur les cinq morceaux mis au point pour la cir-constance, il sera à l’honneur et contribuera sans conteste à notre premier succès. Il faudra toutefois encore beaucoup travailler pour avoir un répertoire plus étoffé et se permet-tre d’assurer des bals.

 Je suis également très impressionné par les grands orches-tres du moment,  Ray Ventura - Alix Combel - Noël  Chi-boust - Aimé Barelli bien sûr, et bien d’autres, dont Jacques Hélian.

 Lorsque près de vingt ans plus tard, en 1975, présentant un spectacle pour  la «Régie Renault» avec au programme une pléiade d’artistes du moment : Jean-Claude Darnal – Line & Willy – le magicien Gérard Majax – Juliette Gréco - Gilles Dreu… que tout ce beau monde est accompagné par une formation de plus de vingt musiciens et choristes, et que toi – le présentateur – tu entres en scène sur «Fleur de Paris»… succès de la libération, interprétée par son créateur : Jacques Hélian… quel bonheur !

 A propos de la Régie Renault, j’ai un autre souvenir «dé-chirant» celui-là, de ce label bien de chez nous, un autre grand moment, où un incident peu commun, me fera faire un triomphe.

 Je suis engagé pour animer un repas et une soirée pour ce fleuron de l’industrie française.  Je n’étais pas à ma premiè-re prestation pour cette grande maison, mais ce jour-là, c’était le «must». Ce repas réunissait environ cinq cent per-sonnes, toutes cadres supérieurs des différentes usines et filiales européennes, sous la présidence du P.d.G. de la Ré-gie, Monsieur Benard Vernier Pailliez, qui fut plus tard, en 1983, nommé Ambassadeur de France aux Etats-Unis par 

François Mitterand.

 Tout se déroulait pour le mieux, jusqu’au moment attendu par certains : le départ du «boss». Ce dernier devait prendre un hélico pour rentrer sur Paris, ce rassemblement des forces vives Renault se déroulant à Maubeuge où il y avait l’usine Chausson, qui à cette époque montait entre autres la «Fuego».

 Lorsqu’il se leva, toute l’assemblée en fit de même, et chose non prévue au protocole, il s’avança vers la scène pour me remercier de ma prestation et me féliciter. Inutile de dire mon émoi. Moi, le saltimbanque, l’obscur animateur, à qui le n°1 du plus grand de l’industrie automobile, vient serrer la main, ça fait chaud au cœur, et on se dit, «tout compte fait on est pas si inutile que ça dans la société». 

 Mon trouble redoubla, lorsque me penchant en avant pour serrer la main qu’il me tendait, j’eus une impression étran-ge. Un bruit à peine perceptible, puis une sensation de li-berté de mon fessier, et derrière mon dos, comme des glous-sements.
 La mode étant, je portais un superbe smoking noir en alpa-ga, avec la traditionnelle chemise blanche à jabot et le gros nœud pap. en velours grenat. Le pantalon pattes d’ef. très moulant pour la partie supérieure, n’avait pas résisté au mouvement de révérence à «Monsieur de chez Renault». Le léger bruit, n’était autre que le déchirement du tissu au niveau de mes parties charnues. Les gloussements : les musiciens de l’orchestre qui m’accompagnaient, qui bien placés n’avaient rien perdu de l’incident. Il va de soi, que le futur 
Ambassadeur, n’eut pas «vent» de cet accroc. 

 J’attendis son départ pour en faire part à l’assistance qui me fit un triomphe.

 A la mort de maman, ayant passé trois jours et trois nuits près d’elle en compagnie de papa, nous avions beaucoup parlé. Je lui avais raconté certaines anecdotes de mon mé-tier et notamment celle-ci qui venait de se produire quel-ques semaines plus tôt. Il en avait bien ri, et en l’espace de quelques heures il découvrit un fils qu’il ne connaissait pas. L’idée que je puisse gagner en faisant le «con», c’était son expression, sur un week-end, ce que lui avait eu du mal une vie durant à gagner en un mois,  le dépassé.

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 Malgré cette période difficile, entre maman, ma grande soeur, grand-mère, une tante (la maman de Marie-José) – la plus jeune soeur de maman, et bien sûr mon grand-père, j’ai été entouré, aimé, choyé. J’étais le petit dernier, j’avais tous les avantages, chacun se privant un tant soi peu pour que je ne manque de rien. Grand-père - Victor - qui en fait était le second mari de ma grand-mère maternelle - Marie - donc n’avait aucun lien de sang avec moi, fût jusqu’à sa mort mon modèle. Battant, dans le bon sens du terme, il était également bagarreur et il ne fallait par le chercher. L’estaminet qu’il tenait sur la place du village, avait été réquisitionné par les «boches», et nous vivions en perma-nence à leur contact dans cette zone dite occupée. Je me souviens d’un incident qu’un soldat allemand avait provo-qué, et qui lui coûta de ne plus pouvoir marcher pendant des semaines, et de se retrouver plus tard sur «le front  russe».

 Se disputant avec un de ses coreligionnaires, il lui avait ba-lancé son demi de bière à la figure. L’autre, dégoulinant, d’un geste provoquant planta la baïonnette qu’il avait au ceinturon dans l’une des tables du bistrot. Apeuré je m’é-tais réfugié dans un coin de la pièce, j’avais juste quatre ans lors de cette scène, et je vis grand-père sortir de derrière le comptoir en zinc, attraper le «chleu» par les revers de sa vareuse vert-de-gris, il le souleva littéralement et lui colla le cul sur la banquette en bois qui faisait toute la longueur de l’établissement. Il y eut un bruit bizarre dans ma tête de gamin, et je vis le pauvre soldat s’écrouler à même le car-relage, ne pouvant se relever. Le second, affolé par la tour-nure de la situation, s’était enfui ne demandant pas son 

 J’avais dix-huit mois lorsqu’il partit pour la guerre, j’en avais soixante d​​​ouze de plus lors-qu’il revint. ​​Comme beaucoup d’hommes de sa génération, après une séparation aussi longue, il n’eut qu’un but – rattraper le temps perdu, temps bien entendu qu’il ne rattrapa jamais.​​​

 Le contact parents/enfants n’était pas quelque chose d’é-vident ni de courant dans les 

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reste. Dans les minutes qui suivrent maman m’avait récu-péré évidemment, et l’affaire se solda par l’évacuation en ambulance du valeureux occupant, et la présentation d’ex-cuses de la hiérarchie de celui-ci.

 Dans ces moments de règlement de comptes, grand-père, que tout le monde appelé «mo ninc»  - «mon oncle» dans le patois du Nord, était du style «fonce dedans». On claque, on discute après. Sa guerre du Rif (Maroc) quelques années plus tôt l’avait pas mal aguerri et, seul homme de la famille, il ne rigolait pas avec les mauvaises manières de ces Mes-sieurs les envahisseurs. A plusieurs reprises, son intrépidi-té faillit lui coûter cher, et les représailles auraient pu nous amener bien des soucis.
 Sportif, avant guerre il fut l’un des pionniers du fameux «V.A.» qui défraya la chronique dans les années 90, avec l’affaire O.M/Tapie.   

 Tête de pont de cette équipe d’alors, je suis depuis sa mort, l’heureux héritier d’une pièce de musée, une superbe cou-pe en «faïence de Saint-Amand», datant de 1927.

 Habitant également sur la place du village, à quelques mè-tres de chez eux, à la maison j’avais ma place dans la cuisi-ne : à table j’étais en bout. En août 1945, papa revint de Rus-sie. Prisonnier comme la grande majorité de l’armée fran-çaise dès le début des hostilités, il avait été libéré par les Russes, mais reculant avec eux face aux allemands, il se retrouva dans un kolkhose à Odessa.
 Lorsqu’il s’installa à ma place, qui en fait «avant» était la sienne, qu’il prit ma grande soeur sur ses genoux… moi, béat je les regardais.
 Ca n’est que des années plus tard, justement lorsque nous parlions, veillant maman, que j’eus ce flash et que cette image me revînt. Mon père retrouvant sa place et ayant sur ses genoux «sa fille», ma «grande soeur». Elle avait, elle, retrouvait son papa. Moi au milieu de ce tableau, j’étais un peu l’étranger – bien sûr je retrouvais également mon papa, mais je ne le connaissais pas, et lui, ce grand garçon de bientôt huit ans, il ne le connaissait pas non plus.
 Est-ce inconsciemment «cet événement» qui marquera plus tard ma vie. Cette sensibilité «à fleur de peau», qui fera de moi un «écorché vif», et qui m’amènera à beaucoup souffrir dans mes tripes pour des petits riens. Ou, est-ce tout simplement ma nature profonde ?... Autant un souri-re, un mot gentil, un regard étincelant, un geste… tel le fait de retrouver une photo de Michel Sardou avec mon échar-pe me fera avoir une petite larme d’émotion, de plaisir, et  m’amèneront à «bouffer des montagnes»... autant une pa-

USVA -  Tournoi du 11 septembre 1927...

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 nous dans des conditions insensées, n’ayant pas les fameux «auswess». Le voyage se fera de nuit, enfermés dans les toi-lettes d’un wagon de troisième classe. J’ai encore en tête la vision de vitres bleuies, le timbre de cris et d’aboiements sur le quai de la gare du Nord, de beaucoup de monde dans ce petit espace, dont, serré contre nous un curé.

 Lorsque papa fut rentré, on y séjourna de nouveau quel-ques mois et faillit s’y installer définitivement. Je n’ai ja-mais su pourquoi cela ne s’était pas fait.


     Mon adolescence, tout comme mon enfance sera vécue dans l’amour. Si papa travailla beaucoup pour se refaire une situation, maman sera très présente et bien que très stricte, je serai dorloté, parfois presque trop. Rien n’était acquis, il fallait mériter, et elle ne plaisantait pas avec «les valeurs». Si j’avais tout ce dont je rêvais, il fallait que je tra-vaille et me conduise bien. Ainsi, lorsque arrivait la période des moissons, j’avais pour mission d’aller glaner et de rap-porter le grain pour les poules, couper de l'herbe pour les lapins. Quelques semaines plus tard, l’arrachage des pom-mes de terre, c’était l’occasion d’aller ramasser ce que la machine avait oublié, ce qui nous permettait de tenir l’hi-ver. Il est clair que ce travail n’était pas une obligation et n’avait rien d’une corvée. Tous les mômes du quartier étaient aux champs, et c’était un plaisir de se rendre utile tout en s’amusant. Par contre, pour se chauffer, papa allait sur les terrils pour ramasser le charbon – les fameuses gaillettes – et il était hors de question d’y traîner. D’une part le travail était trop rude et surtout trop dangereux.
 

role agressive, un regard noir ou un comportement que je ne peux analyser ni comprendre, m’abattront et pourront m’amener au pire – tu le constateras plus tard.

 Concernant mes grands-parents paternels, je n’ai par con-tre qu’un vague souvenir. Bien que n’habitant qu’à quel-ques kilomètres de chez eux, je les vis très peu, et leur décès se situant juste à la fin de la guerre, ne me permit pas de vraiment les connaître. J’ai l’image d’un grand-père avec une grosse moustache roussie par la «chique», sa casquette de cheminot en permanence vissée sur la tête.

 Quant à grand-mère, déjà malade, c’était un petit bout de femme fatiguée par l’âge et une famille nombreuse. Son calvaire, sur ses cinq fils, seul mon père, qui était selon les dires son préféré, était à la guerre. C’est en voyant son cadet qui lui ressemblait étonnamment qu’elle s’éteignit, persua-dée d’avoir revu «son gros».
 Autre période que je vécus dans l’insouciance de l’enfance par rapport à la situation de la guerre, et dont je doute qu’il puisse en être de même aujourd’hui dans certaines régions du Monde agitées par les guerres incessantes de religions.
 Nous avons une tante – soeur de grand-mère, marraine de maman - qui habite la région parisienne. Avec son mari ils sont fruitiers aux Halles de Paris. Les fameux ensembles de Sarcelles étaient à cette époque des vergers, c’était à eux.
 Grand–père avait donc décidé de nous éloigner de l’enfer du Nord, et c’est ainsi que je me retrouvais «parigot».

 Hormis les cures de fruits frais, les coliques sur le pot tout en continuant de manger les prunes qui en étaient la cause, je n’ai aucun souvenir précis. 

 Nous y passerons quelques mois, puis on rentrera chez

     Il y aura également les réveils à l’aube pour aller cueillir les champignons dans la rosée du matin. Au retour c’était l’occasion de faire une grande omelette. Il me faudra pas mal de cueillettes pour réaliser pourquoi j’avais toujours beaucoup plus d’agarics que papa, d’où mes réclamations lors du festin. Un matin je le surpris au beau milieu du pré, sortant de la poche de sa veste de toile bleue une petite salière, et après avoir grossièrement nettoyé la petite boule blanche, la saler et la manger.
 C’est également à cette période de mes dix ans, que je rêvais d’avoir un âne. 

 Un beau matin grand-père me prit par la main, et on fit à pieds les cinq kilomètres qui nous séparaient de Valencien-nes. A cette époque il avait cessé  son activité de bistrotier et dans le même établissement avait ouvert une épicerie, fruits et légumes, poissons et j’en passe.

 Au marché aux bestiaux, il palabra avec un maquignon et à défaut de revenir avec mon âne, je rentrais «à cru» sur un superbe cheval à la robe fauve, que je baptisais dès ma pre-mière montée «Bijou». Encore en culottes courtes, sans même une couverture, il me fallut plus de deux semaines avant que je ne puisse le remonter, et même m’asseoir, j’avais la raie des fesses en compote.
 Dans le village il y avait ce que l’on appelait le «Château».

 En réalité c’était une très grande demeure fin 19ème, ap-partenant à un Industriel de la sidérurgie. Dans la région du Nord le début du siècle dernier avait été riche en déve-loppement de tous styles, et Valenciennes et sa région étaient prospères.
 Ami d’enfance de la fille du concierge, il m’arrivait de pou-

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voir me promener dans le parc de la propriété, d’aller jeter du pain aux cygnes. C’était également à l’automne l’occa-sion de faire la provision de marrons avec lesquelles nous fabriquions des petits personnages en les rassemblant avec des allumettes.

 Parfois j’apercevais un jeune garçon un peu plus âgé que moi. Il venait rendre visite à son grand-père, le propriétaire de ce Paradis de verdure. Grand, blond frisé, déjà dégingan-dé, il avait des allures marrantes. Toutefois, n’ayant en principe pas le droit d’être là, je me gardais bien de me faire remarquer. Il se passera pas loin de quarante cinq ans, avant que j’apprenne par ma petite soeur, voisine de la bel-le-mère du Monsieur maintenant, que le gamin que je ren-contrais est Pierre Richard.



    Je ne peux revivre cette période de mon adolescence sans avoir une pensée pleine d’amour et de respect pour celui qui deviendra mon beau-frère, et que tout au long de notre vie, j’appellerai «grand frère»... tonton Tutur.

 Lorsqu’il épouse ma «petite soeur», j’ai quinze ans, et déjà depuis deux ans je suis à ses basques. Si toute mon existen-ce j’ai vécu pour ma passion – le spectacle, j’en ai une se-conde qu’il m’a transmise, le bricolage. A ses côtés j’ai tout appris dans l’art de la construction, et je restaurerai trois maisons qui disparaîtront de mon patrimoine, avec mes trois divorces... Comme dirait mon ostéopathe… «il faut être con !».
 Pour leur mariage, j’eus mon premier costume sur mesu-re. Jusque-là, les culottes courtes, puis celles dites de golf étaient l’essentiel de ma garde-robe, le jean et autre jogging

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n’étant pas encore à la mode... d’où je pense mon aversion aujourd’hui pour ce genre de tenue.

 Bleu marine, veston croisé, maman fière de son fiston l’a-vait arboré d’une pochette blanche en dentelle de Valen-ciennes. De ce jour, aucune de mes vestes ne sera borgne.

 Si je ne suis pas un fervent de la cravate, j’eus une col-lection impressionnante de ces petits carrés de soie.

 Ce sera là ma seule coquetterie vestimentaire, en souvenir et hommage permanent à ma maman.

 C’est également ma période «lycéen».

 Je fais des études commerciales – comptabilité, sténo-dac-tylo – et dans l’ensemble travaille plutôt bien, sauf dans certaines matières où la tête du prof. ne me revient pas. Le fait de ne pas me présenter le jour de l’examen, fera que je n’aurai pas mon brevet d’aide-comptable. Ca ne m’empê-chera pas pour autant de gérer pendant des années des tournées des plus grands, notamment pour Jean-Claude Ca-mus... de Michel Sardou, Michèle Torr, Johnny Hallyday et autres, donc de brasser des millions.
 Après avoir «pas passé» mon brevet, je voulus travailler et à l’époque il n’y avait pas de problème, du travail on en trouvait facilement. C’est ainsi que je passais des concours pour rentrer dans une banque, puis au centre des impôts, mais le côté rébarbatif des établissements ne me séduisait guère – à l’époque les employés étaient en blouse grise, por-tant des manchettes noires (quelle horreur !) - et je préférai donc rentrer comme magasinier dans un grand magasin. Après une année en blouse grise à déballer la marchandise, attiré par la décoration, je devins dans ce même magasin «étalagiste» en blouse blanche et ce, jusqu’à mon départ au

service militaire.
 
Parallèlement le week-end je faisais toujours des bals avec mon orchestre. Quelques années passèrent ainsi, et le 1er janvier 1958, j’avais à peu de chose près vingt ans, en ren-trant au petit matin d’avoir fait danser pour le «Réveillon de la Saint-Sylvestre», je me suis senti très mal… j’avais un point dans le côté droit, j’avais de la fièvre, je venais d’attra-per une pleurésie… ce qui aurait pu dégénérer, si mal soi-gnée, en tuberculose. Toutefois, après trois mois de soins sérieux – maman ne plaisantait pas là non plus avec la santé – je suis parti pendant six mois en maison de repos.

 A mon retour de ce séjour à Megève, je repris ma place d’é-talagiste, par contre, je dus abandonner la musique et les bals, ne pouvant plus forcer sur le souffle.


     C’est à cette période que je connus ce que l’on appelle le soit disant premier amour, et 

que commençèrent mes problèmes et mes déboires senti-mentaux, tu comprendras mieux un peu plus loin. Lorsque je la connus, j’avais pas loin de vingt et un ans, elle seize.
 Lors de ma maladie, un an plus tôt, j’avais été convoqué pour partir à l’armée, c’était la pleine époque de la guerre en Algérie. Dans un premier temps, on m’ajourna d’un an, l’année suivante, à nouveau convoqué devant la commis-sion de réforme, je fus à nouveau ajourné, puis la troisième fois, normalement je pouvais me faire réformer et ne pas 

faire mon service. C’était impensable pour moi. Je n’aurais pas – selon moi – été un homme si je ne l’avais pas fait. Je me suis donc porté volontaire, et je fis la guerre pendant deux ans et demi. C’est pendant cette période déjà difficile en soi, que Yolande, ma petite amie me laissa tomber pour devenir la  maîtresse de son patron. Comme tu peux le voir, ça commençait bien. Mon seul tort dans notre relation : avoir été absent pendant seize mois avant de revenir en permission.

 Lorsqu’en août 1962 je revins en France, j’étais un peu pau-mé et surtout choqué par ce que je venais de vivre pendant cette guerre. Il m’arrivait régulièrement, en pleine nuit de faire des cauchemars, de me réveiller en criant… ce que les psys appellent le syndrome de la guerre.

 

 


 

 

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 Mes relations avec maman n’étaient pas terribles. Elle qui avait déjà beau-coup souffert de l’absence de son ma-ri à cause de la guerre, avait été com-plètement déprimée de cette seconde épreuve avec son fils. Sans doute par réaction de peur de me perdre, elle était très présente, trop présente, m’é-touffant. Après ce que je venais de vivre passant une partie de mes nuits 

à risquer ma vie sur le terrain, je ne pouvais – à vingt cinq ans – sortir sans qu’elle ne m’attende derrière la porte me faisant des remontrances si il était plus de minuit.

 Papa, lui ne disait jamais rien, c’était un papa jovial, pas très grand, fort et costaud. Comme je l’ai déjà dit, il a beaucoup travaillé pour rattraper le temps perdu dans ce

conflit. Temps qu’il ne rattrapa bien évidemment jamais, mais qui malheureusement fit que nous n’ayons jamais eu beaucoup de rapports, jamais eu beaucoup de discussions, et qu’en un mot, nous ne nous connûmes pas vraiment comme je l’aurais souhaité.

 Quant à maman, elle était grande et jolie femme, brune, mince, à qui je ressemble beaucoup, et dont toi aussi tu as parfois certaines expressions. Je ne l’ai jamais vu très sou-riante, il faut dire que les épreuves de «ses deux hommes» n’avaient pas dû arranger son état d’esprit. Ajouter à cela une enfance pas évidente... son papa qui ne rentre pas de la première guerre mondiale, pas parce qu’il y est mort, mais parce qu’il abandonne femme et enfants, à l’époque maman et tante Germaine avec qui tu jouais lorsque tu étais petite.

 Elle avait juste dix ans. Le remariage de sa maman avec ce-lui que j’ai toujours considéré comme mon grand-père, qui leur était très attaché et très gentil avec elle(s), ne combla certainement jamais cet abandon. Arriva alors une petite soeur dont maman s’occupa beaucoup.

 De par son caractère et sa façon d’être, elle s’investit tou-jours beaucoup pour les autres, et je me retrouve pas mal dans ce schéma.

 Qualité ou défaut ?...

                                            



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     Mon séjour en Algérie a été pour moi l’occasion de rencontrer des cousins et cousines que je ne connaissais pas.  Suzanne, fille de la soeur aînée de mon papa, lors de la libération de Paris fit la connaissance d’un jeune sol-dat de l’Armée Leclerc... armée qui venait d’Afrique du Nord.
  A la fin de la guerre, il l’emmena chez lui à Alger où il se marièrent. 
De toute la famille, je fus le seul à leur avoir rendu visite régulièrement durant mon séjour.

 Comme beaucoup, dont tes grands-parents et ta maman ils vinrent en métropole en 1962, s’installant dans la ré-gion de Toulon où je pense ils sont toujours.



    Pour le reste, ce que j'y ai vécu, il m'est encore parfois difficile d'en parler, et ça n'est pas les 4 médailles qui m'ont été décernées qui effaceront ces horreurs vécues pour rien, hormis des choix politiques me donnant envie de gerber, quand je constate le résultat aujourd'hui.





 

Juin 1961 Arzew... Centre de Formation des Sous-Officiers.



... pour la petite histoire : ce blason est le point

commun que j’ai avec le Président Chirac.

Si je n’avais pas été sursitaire, j’aurais pu servir sous ses ordres.

1942 - Maman nous lit une lettre de papa, prisonnier au Stalag 13





     Dans l’écriture de mon histoire, il y a eu un long feu de quelques mois. Je n’ai pas su me tenir à cette lettre manus-crite que je souhaitais t’écrire, ma vie ne semblant avoir grand sens, mon moral n’étant pas au mieux.

  Août 1994, je me sens un peu mieux psychologiquement. On se voit pour ainsi dire chaque jour, j’ai à nouveau des projets... et je viens d’acheter un ordinateur, je me remet donc à écrire en ces termes…


     Suite à un événement qui aurait pu être dramatique, j’ai à nouveau envie d’écrire, de me raconter. Depuis plus d’une semaine je ne ferme plus l’œil de la nuit. Mes idées en images défilent. J’entend chaque heure de la nuit sonner au clocher de l’église de cette petite ville de l’Est où je me suis réfugié. Désemparé, je vis au ralenti, comme si par cet été exceptionnellement chaud j’étais en hibernation. Et puis il y a ce déclic, cette envie soudaine et féroce d’écrire de nou-veau.
 Ecrire, écrire… pour ELLE. Elle, c’est ce que j’ai de plus cher sur cette terre. Elle, c’est un petit bout de bonne femme de sept ans que je ne sais plus comment séduire, ayant cette peur irraisonnée de la perdre elle aussi. Alors, dans mon deux pièces sous les toits, pour ne plus pleurer, pour arrêter de m’apitoyer sur mon sort, sur moi-même, sur cette blessure qui me marquera maintenant à tout jamais, j’ai ce besoin de lui écrire, espérant avoir ensuite le courage de repartir. 

 Ces écrits n’ont bien entendu aucune prétention littéraire.

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​ 

   S’il m’est arrivé de commettre des textes de chansons ou des sketchs, je ne suis modestement qu’un obscur pe-tit français moyen titulaire d’un certificat d’études primai-res, qui a réalisé son rêve d’enfant : faire l’artiste, comme on disait à mes débuts.

 Pourquoi en parler, pourquoi le mettre en pages ?… sans doute pour que «ma Puce», issue d’un Amour avec un grand «A» passionné, sache ce que son papa a fait de sa vie… ses bonheurs, ses malheurs – l’un n’allant pas sans l’autre com-me le déclare si bien Martin Gray – ses réussites, ses échecs, ses amours, sa passion surtout pour ce métier «Le Specta-cle».

 Le spectacle ce sera le fil rouge d’un tracé d’une cinquan-taine d’années, devant, à côté et dans l’ombre des «Vedet-tes»... je dis bien Vedettes !
 Egalement sans doute la peur de ne pas avoir le temps ou de ne plus avoir la possibilité de lui en parler, sa maman ayant décidé qu’une autre vie devait s’offrir à «elles».
 Une autre raison également à ce désir d’écrire : la lecture du livre d’un ami. Un ami qui malgré de dures épreuves a su faire avec un courage frisant parfois l’inconscience, un grand pied de nez à la vie.

 Dans les 213 pages de «Au bonheur des âmes», mon cher Patrick je me suis souvent retrouvé au travers de toi. Ta pyramide est devenue pour moi un support journalier, bien que l’une des bases ne soit pas facile à appliquer. Celle que tu as dû toi aussi avoir du mal à admettre, la n° 3 – «la non vengeance». Et pourtant, que tu as mille fois raison. Pour les deux autres – «humour & non apitoiement» - depuis déjà très longtemps je les avaient mises en application.

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 Lorsque je parle d’un Ami, il s’agit de Patrick Sébastien.
 A ses tous débuts nous étions très liés, un hasard de la vie, ayant été mêlé d’un peu trop près à sa vie privée, nous 
avons été séparés, à cause justement de sa séparation, et je sais qu’à un moment il m’en voulut. J’en fus très peiné et le suis encore, victime d’une situation pour moi impos-sible à régler.

 Manager de son amie du moment – Marie Myriam – et ce à sa demande, je vécus deux années passionnées, passion-nelles entre eux. Des moments d’intense émotion, de plai-sir, de joie, de succès, mais aussi de déchirements et de pleurs. Elle – une merveille de gentillesse et de douceur. Lui – un passionné voulant croquer la vie à pleines dents. Pas facile à concilier.

 En résumé, lui pensant beaucoup à son «oiseau», elle rê-vant «d’enfants».
 Je pense que je reviendrai souvent vers lui dans les pages suivantes, j’ai tellement d’anecdotes, de souvenirs à son su-jet et son «Bonheur des âmes» me reflétant parfois éton-namment. Et puis je me dis que si il est sincère dans ces déclarations, et je sais qu’il l’est, aujourd’hui je suis certain d’être quelque  part dans un coin de sa tête et de son cœur (base n°3)… quel réconfort.
 Ces lignes aussi, peut-être pour essayer d’exorciser – c’est à la mode chez les psys – ce passé dans lequel je m’enferme depuis mon drame il y a un an. Drame dont j’ai honte au-jourd’hui, n’ayant pas eu le réflexe de la «pyramide sébas-tianesque».
1 – Humour : tu me laisses… tant pis pour l’autre.
2 - Non apitoiement : une de perdue (une de plus), dix de retrouvées, la prochaine risquant d’être encore plus belle.
3 – Non vengeance : après tout, si son bonheur est ailleurs !

​ Quand ce matin du 31 août 93, devant ses collègues de bu-reau, «elle» me lança du haut de son mètre cinquante huit : «à partir de maintenant ce sont les flics qui vont s’occuper de toi, et tu ne verras plus ta fille»… cette phrase venait de signer «mon arrêt de mort».               

 Dans les minutes qui suivirent, a priori calme, je passais te voir «mon bébé» chez tes grands-parents pour t’embrasser une dernière fois. Un instant mon intention fut de t’emme-ner avec moi. La détermination de Pépère – sans doute avait-il pris conscience de la situation dramatique qui se mettait en place, m’amena à partir seul.

 Et c’est là que j’ai honte aujourd’hui.  Comment après t’a-voir serré dans mes bras, t’avoir embrassé, j’ai quand même pu accomplir la suite ! ... pourras-tu me le pardonner un jour ! 
 Comment… ? je n’ai aucune réponse à cette question et je pense que personne, ni toubib, ni psychiatre consultés n’ont pu et ne pourront jamais me la donner. Une force ir-résistible me poussait à agir, à aller jusqu’au bout de cette pensée, «en finir».
 Lorsque je me retrouvais seul dans cette grande maison, vieille de plus de quatre siècles, que j’avais entièrement restaurée pendant dix années pour «vous»… mes deux  raisons de vivre, j’étais détendu. Je pris le temps de régler les comptes de la tournée du Loto qui venait de se ter-miner, de te faire un mot sur une photo prise en cours de danse. Très conscient de mes gestes, je pris dans la boîte sous le papier à machine, mon 6,35 Manufrance, je le char-geais, et chose que je n’avais jamais faite depuis que j’étais en possession de cette arme, je mis une balle dans le maga-sin.                

 En quelques secondes beaucoup de visages défilèrent dans 

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ma tête, c’est pourtant le sien qui resta gravé. Cette derniè-re vision d’elle – pâle, agressive et ce regard haineux.           

 Inlassablement je répétais : pourquoi ?  pourquoi ?

 Je descendis de mon bureau du premier étage, et mes pas me guidèrent dans notre chambre, je ne saurai jamais pourquoi. Je ne saurai jamais pourquoi non plus, je pris le téléphone dans le salon pour revenir le brancher dans la chambre - tout ceci, comme si une main me poussait dou-cement, posément mais fermement. Autre fait surprenant, j’ouvris les tiroirs de la commode où elle rangeait sa linge-rie. Amateur de ces sous-vêtements frivoles qu’elle portait à merveille, je ne manquais jamais une occasion de lui en offrir. De l’armoire je sortis une petite robe que je lui avais offerte quelques mois auparavant, pour une soirée que j’a-nimais, et où nous avions été particulièrement remarqués. Calmement, méthodiquement, avec une paire de ciseaux je m’appliquais à mettre le tout en lambeaux. L’idée que «l’autre» puisse la voir dans ces tenues m‘étant insupporta-ble.

 Ce carnage terminé, assis sur le lit je décrochais le combi-né, comme un automate je composais le numéro de son bureau. Là encore, pourquoi ce dernier geste avant de pas-ser au pire, je ne peux l’expliquer. Etait-ce un dernier appel au secours, l’espoir d’un mot, d’une intonation de voix, d’un… un «je ne sais quoi» qui aurait pu enrayer le pro-cessus mit en route par sa déclaration… «tu ne verras plus ta fille».
 Je ne l’ai pas eu ce mot, je ne l’ai pas eu ce «je ne sais quoi», quant à l’intonation de la voix, elle était toujours aussi gla-ciale, aussi dure, aussi haineuse.                     

 

- pourquoi ? pourquoi ?… tu l’auras voulu... ce fut là mes dernières paroles, et j’appuyais sur la détente.

     A partir de là c’est le trou noir. Seul un vague souvenir, dans ma tête un bruit énorme de ciseaux coupant comme du tissu, et puis une voix, la sienne me suppliant de ne pas partir, qu’elle m’aimait, qu’elle avait besoin de moi. Je sau-rai plus tard que les gens du SAMU avaient découpé mon t.shirt et que ces déclarations n’étaient pas un rêve, elle me les avait effectivement faites... va comprendre !

 Après cinq jours de soins intensifs, de réanimation, je réa-lisais que j’étais là, que rien n’était fini ni réglé, qu’un autre calvaire aller commencer : l’après.

 Etais-je récupérable ?... Etais-je véritablement sauvé ?...  

 Quelles séquelles me resterait-il ?...
 Je le sus le septième jour, lorsque je reçus la visite de mon meilleur ami du moment, Maurice Bert, et que sans savoir que Patrick peut-être à ce même moment écrivait sa «pyra-mide», j’appliquais la base n°1 – l’humour.
 Quand je déclarais à mon copain, lui aussi ressuscité suite à un accident de voiture – dix jours mort cliniquement – que mon geste n’étonnerait personne, n’étais-je pas un «en-fant de la balle». Que je continuais mon délire en lui précisant que plus jamais personne ne voudrait jouer à la pétanque avec moi, étant considéré comme étant un mau-vais «tireur»… je sus alors que j’étais sur la bonne voie.

 Dès lors je cavalais comme un lapin dans les couloirs du service, montant sur les tables pour régler les téléviseurs dans les différentes chambres.
 S‘il est vrai que cette base n°1 m’aida, je pris quand même 

quelques claques par la suite, dont une particulièrement de mauvais goût de la part de ma tendre amie, quand lors de l’une de ses visites, elle me déclara qu’en fait mon geste n’avait rien de passionnel, il n’avait qu’un but – «lui pourrir sa vie» - ce furent ses termes, l’empêcher de vivre heureuse avec l’autre.                    

 Je dois admettre qu’à ce moment précis, il n’est pas facile d’appliquer la base n°3 – la non vengeance.

 Je précise toutefois que le mot «vengeance» en fait n’a ja-mais fait partie de mon vocabulaire. J’y ai toujours préféré celui de «revanche». La vengeance est un sentiment que l’on prémédite, que l’on organise, que l’on assume. La revanche, ça vient tout seul, comme ça un jour, parfois par des voies qui ne nous concernent pas.... c’est sans doute ma façon de «croire en quelque chose !»                

 Le onzième jour de mon hospitalisation, je sus malgré l’air inquiet du professeur qui me «répara», que j’étais au mieux.

 A sa question : comment vous sentez-vous ?... Je lui décla-rais que depuis quelques jours j’avais une gêne, comme un gaz allant et venant dans mon corps encore endolori. Son étonnement, n’en ayant jamais parlé lors de ses visites quo-tidiennes, puis mon explication - N’était-ce pas effective-ment des gaz, disons quelque peu perturbés et ne sachant par où sortir. N’avais-je pas «trois trous de balle» ?

(base n°1 – humour).

 Après une seconde de stupéfaction, il ne put retenir son sé-rieux, me déclarant : je vois que tout va bien, vous pouvez sortir en fin de semaine.

S’il est vrai que cliniquement parlant, le physique avait très 

vite récupéré, le moral, malgré les apparences fut plus long à se remettre. Si aujourd’hui je suis face à un clavier pour écrire, c’est justement dans l’espoir de le récupérer à temps plein. N’ayant jamais fumé ni bu, ayant malgré une vie à cinq cent à l’heure, toujours eu une hygiène de vie saine, mon poumon gauche, malgré une perforation de part en part, reprit sa capacité d’origine en quelques semaines.

 Présomptueusement, je fus flatté lorsque j’appris qu’à trois reprises, gendarmes et personnels du SAMU s’étaient in-quiétés de savoir si «38» était mon âge ou mon année de naissance. Peut-être aussi, parce que sans en appliquer vé-ritablement la philosophie, mais m’en inspirant ne serait-ce que pour le mode de respiration, le «yoga» est pour quel-que chose dans ma résurrection. A cela, ajouter qu’après de nombreux examens, je découvris avec bonheur que ce cœur que je voulais détruire parce qu’il me faisait trop souffrir, depuis cinquante six ans battait à quarante et quelques pulsations. 

 J'estime donc ne pas avoir le droit de me plaindre ! Le tracé de ma vie a tout compte fait été réalisé sous une bonne étoile – sans doute celle de David – que je pense tenir de ma grand-mère maternelle : Marie.



     Depuis pas loin de vingt ans que ce drame est arrivé, je ne l’ai jamais retracé dans le détail, sans pour autant le ca-cher et ne pas en parler. Je n’éprouve en le faisant aucune émotion particulière, je suis serein. Cette épreuve doit faire partie de mon itinéraire sur cette terre, elle était program-mée, et bien que me considérant comme athée, il m'arrive

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de me poser des questions quant à l’existence d’un «être suprême», qu’il porte le nom de Dieu ou autre.

 Malgré ce genre d’incident de parcours, ici voulu, et malgré la douleur que l’on peut ressentir, n’est-il pas important

 

de regarder un peu autour de soi !  Immanquablement on trouve toujours quelqu’un dans une situation plus ca-tastrophique que celle dans laquelle on est soi-même, et si on est logique, on ne doit pas  se laisser aller.

 Un vrai sacerdoce, et c’est là à mon sens, la véritable ambi-tion de l’artiste.
 Malheureusement, force m’est de constater que si «ce mé-tier» comme bien d’autres d’ailleurs, galère et tombe de jour en jour, le «fric» y est pour beaucoup. Combien sont venus s’y brûler les ailes, parce que projecteurs, parce que paillet-tes, mais en sont vite partis, parce que rien n’est simple, c’est véritablement un métier – je serais tenté de dire c’était, où il faut travailler dur. Je me garderai donc bien d’aborder certains sujets qui horripilent pas mal de monde dans le «vrai métier», tels «les Boys Band» - «Star Ac.» et autres merdes télévisuelles, dans lesquels on fait miroiter et laisse croire que le simple fait de faire voir son cul ou un nichon peut faire de vous une "Star".             

 Au cours de mes nombreux voyages, notamment au Spitz-berg, j’ai eu l’occasion de voir de près des icebergs, et j’ai souvent comparé mon métier à ces gros glaçons. Cette par-tie scintillante qui brille sous le soleil et rayonne tel un gros diamant, tient et apparaît à la surface de l’eau, parce que dessous, dans le froid et la nuit, huit à dix fois son volume la tient en équilibre. Le spectacle c’est un peu ça.

 Pour quelques minutes devant l’œilleton d’une caméra, pour une heure ou deux sur scène, dans les feux des pro-jecteurs, les paillettes et les strass, il y a des heures et des heures de travail, de préparation, de répétition, de fatigue physique, mais aussi nerveuse. Le stress, le trac. Il est cer-tain que celui ou celle qui n’aborde ce métier que pour le côté scintillant, il ne tient pas longtemps l’équilibre.

 A cette époque, je m’étais promis que si un jour je créais 

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 Passion : voilà un mot difficile à vivre pour ceux qui n’en ont pas et qui toutefois ont choisi d’être auprès de vous qui en vivait une.

 N’est-ce pas là, ma passion pour ce métier, la raison ou l’une des raisons de mes échecs – disons sentimentaux ?...    Peut-être ?... Non, assurément !
 Trois mariages, autant de concubinages (quel mot horri-ble), ça demande réflexion. D’elles, mes compagnes et les autres, j’ai également envie de parler, ainsi la libération de-vrait être totale.
 Fait marquant de ma vie sentimentale, et constat suite à une discussion familiale, mes trois premiers amours, ceux de l’enfance, de l’adolescence, sont disparus très tôt.

A la maternelle, c’était la guerre, ma fiancée avait pour pré-nom Paulette, merveilleuse petite brunette, nous étions in-séparables. Elle mourut à vingt ans en mettant au monde un premier bébé. (grand rond).

 

 

 

 





     Depuis ma plus tendre enfance, j’avais une certaine philosophie de la vie qui étonnait mon entourage, et que je retrouve parfois avec bonheur chez toi ma Puce. Pour moi tout allait toujours bien. Il pleut, on ne peut pas sortir au-jourd’hui… c’est pas grave, demain il fera meilleur.

 Ce qui étonna toutefois le plus, et c’est sans doute là que je fus catalogué «d’allumé» par certains de la famille, c’est, lorsqu’à onze/douze ans, ayant assisté à un spectacle de l’une de mes idoles, le Grand Orchestre de Aimé Barelli, je découvris José Bartel. Ce métis, était chanteur-animateur de la formation, comme Henri Salvador l’était dans celle de Ray Ventura.                 

 En sortant du théâtre de Anzin où il se produisait, ma dé-cision était prise, quand je serai grand, je serai animateur, je ferai l’artiste, c’était en 1950.
 Faisant de la musique depuis déjà quatre années, ma déci-sion se confirma le jour où je découvris dans les mêmes circonstances, dans le même théâtre, le merveilleux Henri Salvador. J’aurai le plaisir de le rencontrer et d’avoir pour moi seul quelques éclats de rire dont il a le secret. C’était en 1972 sur le plateau de l’émission de Danièle Gilbert – «Midi Première».
 Fait marquant, hasard, coïncidence de la destinée, le 14 juillet 2002, j’étais sur la place d’Anzin, à quelques mètres seulement de ce théâtre. Fatigué après plus de quarante an-nées de route, de voyages, et surtout n’ayant plus la foi en «ce métier» qui fut toute ma vie, j’ai décidé que ce spec-tacle 
avec mon ami Joël Alain et où je retrouve d’autres amis de longus dates : 

Corinne Hermès, Plastic Bertrand, Richard Anthony et Michel Delpech, sera le dernier.

 L’émotion est au rendez-vous, Richard essaiera bien de me persuader qu’il y a encore des choses à vivre, certes, mais plus pour moi. La boucle est bouclée. A quelques jours près, cinquante deux années se sont passées entre ma «révéla-tion» et «mon adieu».
 Pas mal de projets dans le domaine de l’édition se présen-tent à moi, c’est dans ce sens qu’aujourd’hui j’ai décidé de m’investir. 
 Quand je déclare en titre : le «Show-Biz… moi je connais un peu», c’est que, bien qu’ayant passé ma vie dans ce métier, en fait ce «Show Biz» dont on parle tant, je le connais très peu, voire pas du tout. Le côté malsain et péjoratif donné au monde du spectacle parce que «peut-être» réussite rapide, millions facilement gagnés, je ne l’ai jamais côtoyé, et pour-tant j’ai été auprès des plus grands.                  

 Ces «Vedettes» qui furent mes compagnons de route, ne sont pas arrivées à ce statut parce qu’on les a fabriquées. Seul leur talent et leur travail les ont amenées là où elles sont encore aujourd’hui, pour certains plus de quarante ans après leurs débuts. Quand à seize ans je montais mon pre-mier orchestre, l‘idée et la notion de gain étaient loin de mes pensées. C’était une passion qui me dévorait, et j’ignorais que l’on pouvait faire fortune. A aucun moment dans ma vie, et jusqu’à ce jour, l’argent n’a été un but. Pour moi l’es-sentiel de ma démarche, me faire plaisir en apportant du bonheur autour de moi. Faire rêver et oublier ses emmer-des, l’espace d’une chanson, d’un sketch, d’un spectacle... à un public.  

un label, je prendrais ce nom. C’est ce que je fis avec ton frère Christophe à la fin des années 90... malheureusement, lui faisait partie de ceux qui se figurent que ça vient tout seul... qu’il suffit d’avoir une belle carte de visite avec un titre aussi pompeux qu’irréel.        

 Pourtant des talents, des vrais, il y en a à foison chez nous. Messieurs les Rois du marketing et du produit fabriqué, allez faire un tour dans les spectacles et bals populaires de la France dite profonde, il y a là une pépinière de vrais ar-tistes talentueux. Ils ne font certes pas partie de ceux qui vous écrivent – bien souvent poussés par papa et maman – pour participer à vos opérations merdiques de produits je-tables, ayant plutôt le souhait et l’ambition de pouvoir faire une vraie carrière. Merde, il faudra bien y revenir un jour !

 Indépendamment de la claque magistrale que vous a filé «Monsieur Henri Salvador» - disque de diamant à 84 balais, alors qu’aucune maison de disques, en grande majorité sous la coupe de Messier et consort, ne voulait de son produit.

 Voir également Patrick Bruel. 

 Il fit la démonstration que contrairement à ce que vous croyez, vous n’avez pas la science infuse. Son album de re-prises de chansons des années 30 fut un véritable succès.

 Ma gamine, toi ma Puce, alors que tu avais quinze ans, chantais à longueur de journée «Les Amants de la Saint-Jean».

 Je ne parlerai donc pas des reprises des Stars académiciens qui n’existeraient pas avec des créations. Il est difficile lors-que l’on est passionné de ne pas défendre sa passion.

Quelques années plus tard, ma copine, le terme avait chan-gé, se prénommait Nicole. Nous avions douze ans. J’en étais fou amoureux, mais elle, était éprise d’un autre qui ne l’ai-mait pas. Bien plus tard, elle finit par en épouser un troi-sième qu’elle n’aimait pas non plus, qui l’entraîna dans la boisson. Elle mourut alcoolo à vingt-six ans.

 Quant à la troisième, mon premier rapport sexuel, j’avais treize ans et demi, elle s’appelait Jeannine (petit rond), et en avait douze. Elle décéda dans sa vingtième année.

 Après ces constats, j’eus des sueurs froides, finissant par me demander si je ne fous pas la poisse à celles qui m’ap-prochent. Il faut admettre que la vie, qui n’est après tout qu’un passage sur terre, n’est pas toujours très catholique.

 A seize ans, lors d’une discussion, je me fâchais avec ma-man, lui reprochant de m’avoir mis au monde. Certes ça n’était pas très gentil, mais, est-ce vraiment un cadeau que l’on fait à un enfant en le mettant au monde ?… je me suis souvent posé la question. Plus que jamais dans le monde actuel, dans cette société de consommation à outrance où les couples se forment pour une décennie, il y a de quoi être inquiet pour l’avenir des mômes. Bien sûr, certains vous diront, et ce fut son cas à «elle... ta maman» parlant de toi. - les enfants s’adaptent ! me déclara-t-elle... je hurle. C’est faux, c’est un discours d’adulte égoïste. Les enfants ne peuvent ni se faire à ces situations, ni s’adapter à l’éclate-ment de la cellule familiale. On le leur impose, ils n'ont plus de repaires, d’où les catastrophes, mauvais résultats scolai-res, délinquance, drogue et j’en passe.

 On en connait tous des dizaines autour de nous dans cette situation de délabrement.

 

​      Revenons à mon premier orchestre.

 Les années «baluche» m’amèneront à l’aube de mes vingt ans, à la rentrée matinale du réveillon, de rester cloué au lit pendant trois mois. Ma pleurésie m’interdisant de jouer, je ne toucherai plus ma trompette jusqu’en 1972, où parte-naire de Jacques Francini, «le clown», je rejouerai pour les besoins du final de notre spectacle.



     Ma convalescence se déroulera dans une ambiance super sympa, dans un établissement de repos de Megève, où l’or-ganisation de spectacles, de pièces de théâtre occupa la ma-jeure partie des six mois que j’y passais.      



- Anecdote....                    

  Un surveillant à peine plus âgé que moi, avec qui j’avais d’excellents rapports, se retrouva face à moi vingt ans plus tard dans un studio de Radio France où je participais à une émission de mon ami Antoine...  «Allume ta radio».        

 Il était chroniqueur hippique, c’est Gérard Schirmann.





 

                                 Megève - Le Christomet - Juillet 1958

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    Quand à vingt-deux ans, après mes deux années d’a-journement, je me retrouvais en Algérie pour vingt-huit mois de service, le spectacle n’était plus le même. Je n’eus d’ailleurs aucune occasion d’en faire, bien qu’étant sur ce que l’on appelle dans le jargon militaire, sur un «théâtre d’opération». C’est cependant durant cette période qu’eut lieu à mon sens une certaine révolution dans le métier du spectacle. Ce fut la naissance du «Show Biz». Ma vision de la situation est peut-être erronée, mais je me suis souvent de-mandé si la guerre d’Algérie n’avait pas eu lieu, si... Johnny, Eddy, Dick, Sylvie & autre Sheila, existeraient.

 Pourquoi cette réflexion ?… c’est que le potentiel de musi-ciens et artistes en général de ma génération, n’étant pas disponibles, les gens qui firent le «Show Biz»… les Barclay, Marouani, Coquatrix etc… les trouvèrent chez les plus jeu-nes, chez les ados de l’époque. J’ai eu confirmation il n’y a pas très longtemps, que ma thèse n’est pas complètement dénuée de sens.


             Dans une émission de Mireille Dumas, Jean-Pierre Coffe, bien connu pour ses coups de gueule sur la mal bouf-fe, faisait le même constat. Lui-même comédien à l’époque, sorti des Cours Simon, il rata sa carrière pour les mêmes raisons : l’Algérie. J’ai un autre témoignage, celui de mon ami Michel Bellamari, lui également issu des mêmes cours, blessé dans cette guerre, et qui fit carrière comme attaché de presse.                  

 S'il est vrai que certains chez ses «yéyés» - c’est ainsi que furent appelés ces jeunots – devinrent des «pointures», lorsque l’on écoute les produits du moment, ça craignait un

max, à quelques exceptions près, style Richard Anthony... lui de ma génération (il a trois semaines de plus que moi), très bon musicien, n'étant pas français ne participa pas au voyage.

 La situation s’améliorera quand quelques années plus tard arrivèrent d’autres courants, entre autres la période des «pseudos romantiques», avec des mélodies, des textes dans certains cas et surtout des arrangements tenant la route.

 Merci les Beatles.

     C’est en rentrant de ce séjour patriote offert à Mère Pa-trie – aujourd’hui reconnu par un beau diplôme (sic) – que je rentrais comme agent technico-commercial dans une boîte de matériel de soudage, et que fut consommé mon premier mariage.

 Dans cette boîte il y avait deux secrétaires. Etant fatigué de mes accrochages permanents avec maman, je décidais de me marier, persuadé que c’était la solution.

J’épousais donc l’une des deux.

 Germaine, était une fille charmante, pleine de qualités, mais rien de commun nous unissait. Mon côté artiste ne pouvait coller avec son sérieux de secrétaire de direction.

 Nous avions acheté une petite maison à l’orée du bois de Saint-Amand-les-Eaux. Après quelque temps à vendre des chalumeaux, on finit par se séparer, et je rentrais aux affi-chages Giraudy comme attaché de direction.

 C’est à cette époque, retrouvant une équipe de musiciens participant à Intervilles, que je fis la connaissance de Guy Lux. Le virus me reprit. L’orchestre en question cherchait un animateur, je repris donc le chemin des salles de bal 

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avec eux, cumulant avec la publicité. C’est alors que je fis la connaissance d’une jeune fille qui travaillais dans une phar-macie près de mon bureau. Elle avait juste dix-sept ans. J’avais connu son grand frère au lycée, et il venait de se suicider. D’origine espagnole, elle s’appelait Paquita. On sor-tit beaucoup ensemble, mais il ne se passa jamais rien entre nous. Elle était ma petite protégée, je remplaçais le grand-frère qu’elle venait de perdre. Bien que dormant parfois en-semble, allant même jusqu’à flirter, notre relation était  des plus sage.

 Nos routes se séparèrent lorsque je partis pour Paris. Je lui laissais sa virginité, mais lui empruntais une partie de son prénom, en prenant pour pseudonyme de scène... Paqui. 

 Mais la vie a parfois des revirements imprévisibles. Six ans viennent de s’écouler, et lors du retour d’une tournée au Maroc, me rendant à la pharmacie de l’aéroport de Roissy je la retrouvais derrière le comptoir, toujours aussi splendide.

 Retrouvailles, effusions émotions, rendez-vous pris pour le lendemain. Soirée dans une auberge, champagne, nuit dans un grand lit.

 Lorsque l’on se quitta au petit matin, je partais pour un spectacle dans le Nord, nous échangeâmes nos numéros de téléphone. Aucun de nous ne rappela l’autre. Nous ne nous sommes jamais revu, il y a de cela pas loin de quarante ans.

​... (*) - voir encadré ci-dessous.

     Cette période de la fin des années 60, fut pour moi très riche en évènements, me permettant de véritablement m’installer dans «le métier». Mon statut d’animateur au sein de l’orchestre attractif de Robert et son anagramme :

Trébor, m'apporta de grands moments de bonheur, et ce fut

pour moi l’occasion de travailler avec d’excellents musi-ciens. Formation classe, smoking de rigueur, nous ne nous produisions que dans des Soirées de Gala. C'est au sein de cet orchestre que je fis la connaissance d’un autre allumé : Jean-Luc Poteau.

 Il avait juste quinze ans, était beau comme un Dieu et avait déjà beaucoup de talent. Quant après deux années de colla-boration, il gagna six semaines de suite dans l’émission té-lévisée le «Jeu de la chance», nous pouvions espérer beau-coup de ce «grand môme». Son élimination par un petit chanteur d’opérette qui deviendra le grand Thierry Le Lu-ron, nous amena à participer à un autre concours : «L’E-cran de la chance».  C'est au Pavillon d'Armenonville dans le Bois de Boulogne qu'il remporta la finale, présentée par Jean Nohain, organisée par la revue "Bonne soirée".

 Ce sucès lui fit gagner son premier contrat avec une mai-son de disques : un 45t. chez Pathé Marconi.

 Pour la circonstance, je me retrouvais être son manager et directeur artistique. L’enregistrement de ce premier vinyle où il était question du «Moulin de la colline», était la con-firmation de mon intuition quant à son talent, mais c’était sans compter sur le personnage complètement «mytho» du gamin.

 Ce fut mon premier bouillon... 

... lui se retrouva dans Hair, une comédie musicale où tout le monde était à poil sur scène et d’où émergea Julien Clerc, et plus tard Gérard Lenorman

... quant à moi, je me retrouvais comme plongeur dans un resto de Banyuls.                            

 Aucun regret. Si sur le coup la pilule fut amère, avec le re- 

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mes gains de la saison. Quand je rentrais à Paris début sep-tembre, j’étais riche de quinze francs… mais, quel souvenir cet été 69.     

 Une petite parenthèse, pour me souvenir que mon arrivée à Banyuls n’était pas dû au hasard, j’y étais en vacances l’an-née précédente avec Paquita.                                    


     Je refis une saison avec l’orchestre de mon ami Robert Trébor devenu mon agent, quant à Jean-Luc, il était devenu Joël Prévost, et sortait chez C.B.S un nouveau 45t. qui aura un certain succès : «Je vous amène ma fiancée».    



     Je reviendrai sur la carrière de ce petit frère spirituel que j’ai perdu de vue depuis maintenant pas mal d’années, et qui, malgré ses nombreuses conneries, ce «petit con» me manque.
* Pour la petite histoire..
 Joël est un enfant de l’ADASS. Placé tout petit chez un couple d’un petit village près de Valenciennes, il aura une enfance pas toujours très rose. Son père adoptif boit, il est violent. Par chance si je puis dire, celui-ci décèdera quand le gamin a à peine dix ans. Par contre un autre malheur vien-dra le frapper, sa maman adoptive perd la vue.
 Quand je le rencontre, il n’a pas encore seize ans et mène déjà une vie décousue. Depuis deux ans il travaille en usine, dans les hauts-fourneaux, un travail pénible pour son âge. Sa passion le chant, et il a tout ce qu’il faut pour. Je m’occu-perai donc de lui, professionnellement parlant mais égale-ment au quotidien, il devient en quelque sorte mon petit frère que bien souvent je nourris, blanchis et loge... 

21 Janvier 1969 - Pavillon d'Armenonville

... Françoise BROUSSOT - Rédactrice revue "Bonne Soirée"

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24 mars 1969 - studios Pathé Marconi à Boulogne
Jean-Luc - un technicien - Frédéric Maury (Bonne Soirée) - moi

 

cul c’était le bon temps, et ce fut une très bonne expérience. Je suis arrivé à la mi-mai en gare de Perpignan avec cinq francs en poche. Quatre mois de saison comme – plongeur aux heures des repas, crêpier sur la plage l’après-midi, DJ en boîte (la Pardalère) le soir – en gros dix-huit à vingt heures de boulot par jour, logé et nourri. Pas le temps de dépenser l’argent gagné... sauf, quand fin août, suite à un orage, surgit dans le resto où je «plongeais» : Domi.

 Cette étudiante de vingt ans, le portrait craché de Jeanne Moreau à son âge. Coup de foudre.

 On dansait sur «Le Métèque», tube de l’été interprété par Georges Moustaki, et en dix jours, en Espagne, on claqua  

1974 - Carignan (08)... Sophie PERRIN qui sera élue Miss FRANCE en 75 et Miss International en 76

 

teaux étaient riches de toutes catégories d’artistes. Les ve-dettes – et non les Stars comme on les appelle aujourd’hui – ne se présentaient pas seul en «concert», il y avait des pre-mières parties donnant leur chance aux jeunes débutants, et par la force des choses des présentateurs.           

 Dans cette spécialité, nous étions guère plus de dix à avoir une certaine renommée nationale, et à sillonner le pays.

 Aujourd’hui encore, quelques-uns sans doute se souvenant de leurs débuts, ouvrent leur scène à d’autres, c’est le cas parfois de Patrick...   


     C’est à cette période que je ferai la connaissance de Richard Anthony. Richard est déjà une très grosse Vedette depuis pas loin de dix ans, il est connu dans le Monde entier, a déjà vendu des millions de disques.

 Il est lui une Star, et se conduicomme telle.

 Il n’est pas facile à aborder, ne se déplace qu’avec son avion personnel qu’il pilote lui-même... la totale quoi !

 Notre première rencontre aura lieu dans une grande fête en  plein air, dans la région de Limoges. Je présente, il y a une première partie avec un groupe appelait Les Enfants terri-bles, et un humoriste Jacques Ary.                    

 Si les techniciens et musiciens sont à l’heure avec le secré-taire régisseur, le chanteur lui, aura plus de deux heures de retard.

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 C’est là que l’on compte sur ton savoir-faire, ton bagout, ton humour, ton professionnalisme. Deux heures à combler, à maintenir la pression, de façon que le public ne remar-que pas trop la défaillance de la tête d’affiche.

 J’aurai la chance d’avoir avec moi Jacques Ary, un grand mec plein d’humour et de talent, ce qui me permit de tenir le coup.

 Lorsque Richard arriva, confus, mis au courant par son se-crétaire - Claude Bécue - du boulot fourni, il me remercia chaleureusement, et depuis ce jour on devint très copain, tout comme avec Claude, avec qui je travaillerai plus tard pour Le Martin Circus, et pour Linda de Suza. 

 Quant à Richard, indépendamment de nombreux galas ponctuels, je ferai une tournée avec lui en 84, et lui en orga-niserai une en 2001/2002, qui devait être ma dernière.    

     Les circonstances de la vie et toujours cette passion, feront que l'on se retrouvera en 2006 sur la première grande tournée de "Âge Tendre et Tête de Bois"... comme quoi, lors-que l'on y croit, rien n'est jamais fini.          

 

Cannes le 28 mars 2001

...tournage de "SUCCES" l'émission de Julien COURBET pour TF.1

 

     Depuis quelques temps de nouveaux lieux où certains artistes pouvaient s'exprimer s'ouvrirent à eux... les Centres Commerciaux et les Grandes Surfaces.        

 Pendant quelques années j’y fis – excuse l’expression – mon beurre. Sous plusieurs formules – en équipe, c’était pour la grande marque d’apéritifs Cusenier, dans le cadre du lance-

ment d’une gamme de sirops : les Freezor.     

 Il y avait le Podium d’été, avec l’émission tous les diman-ches sur R.M.C. : «Les Trésors dans votre ville» , et le reste de l’année nous sillonnions la France entière de Leclerc en Mammouth, de Rallye en Escale, et autres.

 Pour le meilleur et pour le rire, nous étions une équipe de quatre animateurs, et je garde un merveilleux souvenir de cette époque. Totalement différents, nous nous complétions à merveille, et notre passage dans une ville, ne passait ja-mais inaperçu.​



 Le «gagman» de ce quatuor ravageur de caissières et autres employées de supermarchés : Claude Clair. Il était issu lui de l’équipe de Marcel Fort, animateur vedette durant de nombreuses années, de Radio Luxembourg, qui devint R.T.L. en 1955. Un pro., doué d’un certain caractère, dix fois, vingt fois nous avons dû le séparer d’avec le «jeunot», leur entente n’étant pas véritablement cordiale. Par contre, sur le podium c’était l’éternelle surprise. Ne pas savoir lors-que l’on est au devant de la scène, ce qui va t’arriver com-me gag, lorsque l’on aime plaisanter et faire des conneries, un vrai bonheur.

 De l’équipe il est le seul avec qui j’aurai un contact rela-tivement suivi. Il habitait en Normandie, et si l’on se voyait peu, on se téléphonait régulièrement depuis plus de trente ans.  

 En 2000 nous nous sommes revus et avons travaillé sur un projet qui nous tenait à coeur. Voisin d’un Monstre sacré du cinéma – Monsieur Jean Delannoy – cet ami nous a ame-né à nous rencontrer. 

 J'aurai l'occasion d'en reparler plus tard, Claude nous quit-ta le 02 Mars 2005.



     Le quatrième larron de l’équipe – Claude Major, avec qui je formais un tandem infernal, difficile à vivre pour les deux autres, et pour ceux qui souhaitaient nous côtoyer. Ancien bassiste d'un groupe rock qui accompagnait un chanteur au milieu des années 60 . Claude avait un humour et un sens du mot qui me ravissait. Il était impossible de nous suivre dans une conversation, loin de nous prendre au sérieux, tout était tourné en dérision, et il est certain que pour notre environnement proche tout cela était fastidieux. Notre jeu – que tu connais bien, puisqu’il nous est arrivé d’y jouer - au restaurant par exemple était de tenir pendant tout le repas une conversation avec des phrases toutes faites, et bien entendu n’ayant aucun rapport entre elles, donc à l’arrivée ne voulant rien dire. S’il est vrai que «ce jeu des mots» est amusant pour ceux qui le pratiquent, ne serait-ce qu’en voyant la tête des voisins de table, qui tendant l’oreille essayent de suivre votre conversation, mais lorsque c’est midi et soir, sept jours sur sept, pour les autres, ceux qui ne jouent pas, c’est franchement intenable.       

  Avec Major, c’était donc à ce rythme, avec une complicité et une gymnastique bien rodées, un véritable numéro de music-hall qui ferait pâlir certains humoristes actuels.

 Je n’aurai jusqu’à ce jour plus jamais de nouvelles de ce compagnon de route. Ne l’ayant plus jamais revu dans notre "milieu" du spectacle, je suppose qu'il a dû se reconvertir.

     

 Ma devise : pour amuser les gens, il faut s’amuser soi-même, et à ce niveau je m’éclatais comme un fou, n’hésitant pas les pires gags, en restant toutefois toujours dans la descence et le respect.

              Les Baffi, Youn & autres ... n’ont rien inventé.
 Ma panoplie de costumes associée à notre imagination débordante toujours dans l'improvisation étaient les moteurs de notre succès.

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     Collaborant avec un certain nombre de vedettes de la chanson, mais également de la télé, je les amenais à se pro-duire avec moi. Bien plus tard on en verra beaucoup en dé-dicaces, alors qu’à l’époque ils étaient mes co-animateurs.

 Parmi ces partenaires, mon ami Antoine. Jusque son départ pour les grands larges, nous ferons de nombreuses opéra-tions. Souvent (à tort je pense) on nous fit part d’une certai-ne ressemblance. Ayant à l’époque comme lui les cheveux longs, mais pas spécialement les idées courtes, nous avions un peu la même démarche dégingandée. Ce fait se confirma toutefois un jour que nous déjeunions ensemble au Moulin de Moissac, à quelques kilomètres de Montauban.

  

 

 Cela me paraissait normal, mon amie Danièle n’avait-elle pas l’image de la jeune fille de bonne famille, sage, prude.

 Pour moi rien a changé, elle reste cette animatrice avec qui j’ai vraiment aimé collaborer. Malgré ses déboires avec l’ar-rivée au pouvoir de la gauche, force est de constater que sa popularité est restée intacte, son passage dans "La  Ferme" le démontrant.

 

































    Pourtant à deux reprises je fus très déçu et quelque peu contrarié de son attitude à mon égard.

 Il y a quelques années apprenant par la presse sa venue dans une grande surface de ma région, je me faisais un plai-sir de venir la saluer.

 Animant lors de mon arrivée un stand de produits régio- 

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naux, discret j'attendais qu'elle soit disponible pour l'abor-der. Si nos regards à plusieurs reprises se croisèrent, elle ne sembla à aucun moment éprouver la moindre surprise ou joie de me voir. Etonné, je vins à elle un book à la main et lui présentant la photo ci-dessus, lui disant bonjour, lui de-mandais si elle me reconnaissait - même après une trentai-ne d'années... oui bien sûr je te reconnais me répondit-elle d'un ton neutre, puis repartit à ses occupations.

 Déçu, ne comprenant pas, je fis un point de nos relations passées, nos voyages, notre complicité sur le terrain, l'ar-gent que je lui avais fait gagner, et à aucun moment le moin-dre différend ne m'apparut.

 J'eus l'occasion de la recroiser de nouveau en 2007 au bar de l'Olympia lors du spectacle de mon ami "Gégé"... Gérard Blanc. Ayant d'autre chat à fouetter je ne l'abordais pas.

 Enfin une dernière rencontre en début de cette année au "Trophée Raid du Touquet" auquel nous participions. Si on se fit la bise, elle resta toutefois distante, et au cours du tirage au sort des équipes, je me marrais à l'idée que l'on puisse être ensemble... ça ne fut pas le cas.

 

     Partenaire également de cette période faste, l’incontour-nable «Maître» de tous les animateurs : celui que familière-ment et très affectueusement j’appelle «tonton» : Monsieur Guy Lux.  

 Quel personnage ! Quel talent ! Aimé, adulé par certains – critiqué, méprisé par d’autres, peu importe le sentiment qu’il inspirait, une chose est certaine, il ne laissait pas indif-férent.               

 Ma première rencontre avec ce «Grand de la Télévision», remonte à 1964 – les premiers Intervilles – c’était à Saint-Amand les Eaux. C’est donc pas loin de dix ans plus tard que

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j'aurai l'honneur de collaborer avec lui.

 Un certain vendredi de juin 1970, après un Intervilles nous fêtons son 53ème anniversaire. Le spectacle s’était déroulé sur le parking d’un grand hypermarché de l’Oise, présents : Big Léon (Léon Zitrone) - Sophie Darel – Leila Milcic (co-productrice de certaines de ses émissions) – Jean Sunny... cascadeur – premier du nom en France, qui réalisa Char-tres-Paris… sur deux roues, avec une Simca 1000, et bien d’autres. Les pâtissiers de la grande surface avaient réalisée une superbe pièce montée en l’honneur de notre «Boss», avec toute la base en nougatine, son pêché mignon.

 Lorsqu’au moment du dessert arriva le gâteau, la nougatine avait été dévorée, œuvre sans doute de certains indélicats, accrocs de cette spécialité, amers de ne pas faire partie de la fête. Petit souvenir sympa, sans grande importance certes, mais mon côté sentimental fait qu’il est toujours présent dans ma mémoire.

​ J’ai également en souvenir ces soirées dans un certain res-taurant de la rue de la Trémoille où nous allions après le tournage d’émissions au fameux «102» de la Maison de la Radio ; les «Six Jours d’Antenne 2» et «Le Loto Chansons», qui étaient deux émissions de raccroc, après qu’il eut été évincé de «La Une». Je me souviens de son souci pour son équipe qui, par la même occasion s’était trouvée en rade.

 Ma troisième épouse, Monique – mannequin de son état, était sa partenaire avec Luce Perrot sur ce Loto Chansons, quant à moi j’étais chargé de sélectionner avec mon ami Roger Lago (le compagnon à l’époque de Evelyne Leclerc), les équipes qui participaient aux 6 jours. Cette émission était diffusée chaque soir du lundi au vendredi, avant le journal de 20 heures.

CREIL - 18 juin 1971 - après un Intervilles on fête les 53 ans de Guy... Claude Clair - Jean Sunny - Tonton - Leïla - le "flou"en bas à droite : moi !



 Le tournage de l’ensemble de la semaine avait lieu le mer-credi.          

 C’était l’occasion aussi de participer chaque soir, au sketch de Patrick Sébastien faisant ses débuts à la télé.





















 C’est au cours du tournage du Loto Chansons, exception-nellement aux studios des Buttes Chaumont, que nous ap-

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prendrons la mort de Cloclo. En plein tournage, Michel Drucker et les Carpentier, eux-mêmes en tournage de leur propre émission dans des studios voisins, vinrent nous an-noncer la nouvelle. 

 Un flash spécial fut diffusé par Guy et Michel, depuis une moto émettrice, sur le parvis du bâtiment de la S.F.P.

… je pense être l’un des rares à avoir un cliché de cet ins-tant très  émouvant... C’était le 11 mars 1978.



     Autre anecdote avec Guy, un jour sur un podium, où avec Jacques Francini nous avions reçu le couple du moment «Ringo & Sheila» - Guy avec qui il n’était pas facile d’en placer une – ce qui est également mon cas paraît-il – finit par déclarer : il y a ici un Guy de trop, je m’en vais

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et il quitta la scène. Mon cher «tonton» des années ont pas-sées, tu n’es malheureusement plus là pour me répondre, et je ne saurai jamais si tu étais sérieux et fâché, ou si c’était, comme tu aimais en faire, une boutade.

 Une chose est certaine, je te remercie très sincèrement pour les belles années que j’ai connu dans ce métier, en partie grâce à toi. Je n’oublierai jamais non plus, ce jour où, à Meudon, lors d’un Intervilles, il me prit par l’épaule, s’in-quiétant de  savoir si avec Monique, nous n’étions pas trop désolés que nos émissions une fois de plus s’arrêtaient. Il avait toujours ce souci des autres, de ses équipiers, c’était ça Guy Lux.



    Jeudi 12 juin 2003... 19h.30 – un appel de Jacques & Mireille amis de cette époque, celle où l'on gagnait bien notre vie en travaillant tout en s'éclatant. Amis de trente cinq ans à qui j'ouvris les portes de celui qui vient de nous quitter et raison de leur appel - Tonton est mort !...

 Guy à qui je dois grosso modo cinq ans de ma vie. Il s'est éteint gentiment chez lui, dans son appartement de Neuilly. Il ne sortait plus depuis le début de l'année, fatigué, usé par une vie bien remplie. Il aurait eu 85 ans dans quatre jours.

 Certes il a fait son temps, il a bien vécu, il n'y a pas de sur-prise, il n'y eut pas de souffrances, pourtant je me sens or-phelin. La télévision lui doit beaucoup, pour ne pas dire tout dans le domaine de la variété. Aucun artiste - hormis la nouvelle génération de produits préfabriqués – ne lui est pas redevable de quelque chose. Il a été à l'origine, à l'éclosion du succès de tous les grands à partir des années soixante.

 Quelques jours plus tard, lors de ses obsèques en l'église de



Neuilly, accompagné de mes amis Jacques et Michel Bella-mari, je serai déçu de constater que pour son dernier voya-ge, la grande majorité de ceux et celles qui lui doivent d'exister... brillaient par leur absence. Seule la vieille garde était au rendez-vous... comme quoi, la reconnaissance du ventre comme on dit, est une valeur qui n'existe plus vrai-ment.  

 Grande gueule, intransigeant dans le boulot, je suis fier d'a-voir été l'un de ses collaborateurs. Il a été pour moi un mo-dèle de rigueur. Bourreau de travail, il n’acceptait pas le laxisme, l’incompétence. C’était un grand bonhomme, hu-main, près de son équipe, soucieux de leur bien être.

 Nous ne nous étions pas revus depuis le 26 juin 1991. C’était à l’occasion d’un cocktail qu’il offrait pour la «énième» de son émission "La Classe".



     C’est à cette époque de «Les 6 Jours d'Antenne 2" qu’un jour je reçus un coup de fil de mon jeune protégé de la fin des années 60 : Jean-Luc.

 Il est donc devenu Joël Prévost, dirigé par un directeur ar-tistique, aussi calme et gentil qu’efficace : Jean Ekian. Il pré-pare la sélection du «Grand Prix Eurovision», et souhaite ma présence dans son équipe.

 C’était en mars 1978. Il m’était impossible de dire non, n’a-vais-je pas à une époque mis tous mes espoirs sur lui. C’était à mes yeux enfin la possibilité de réaliser notre rêve vieux de dix ans... d’autant, qu’à ses dires, il était sensé avoir changé, marié, - je suis sérieux – clamait-il – je bosse, on doit gagner.  

 Confiant, je plongeais sans hésiter, la présence de Jean 



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Ekian et Jean-Max Rivière, l’éditeur (gars du Nord lui aussi, ex-chevalier servant de BB), me rassurait.

 La chanson «Il y aura toujours des violons», écrite par Di-dier Barbelivien – c’est là que nous nous connûmes – et Gérard Stern, ne pouvait que m’emballer.

 L’équipe au complet réussit effectivement l’exploit – la sé-lection, puis le grand jour au «Palais des Congrès» de Paris.

 Toutefois, deux jours avant le jours « J » nous savions qu’il ne pourrait gagner.
* première raison, la France avait remporté ce «Grand Prix» l’année précédente avec Marie Myriam, 
d’où l’organisation en France,

* deuxième raison, pour la première fois, Israël y participe, et il est donc politiquement correct qu’elle gagne !           

(j’ai dit «magouille»… ah bon !).



EURO vision : donc Europe - vieux continent !... OK

ISRAËL : continent Asie... cherchez l'erreur !



années cinquante, et cette longue séparation n’était pas pour arranger les échanges.
 Durant toute cette période de la guerre, que je passais en partie dans le Nord et dans la banlieue nord de Paris, ma-man travaillera beaucoup pour nous élever tata et moi. Elle fera également partie d’un réseau de résistance avec grand-père, risquant comme beaucoup d‘autres, à plu-sieurs reprises leur vie.

 

     Pendant deux années on révolutionna le monde de l’ani-mation, par notre originalité, notre dynamisme, voire dans certains cas… nos folies. Les chaînes d’hôtels en ce temps étaient rares. Constamment sur la route, nous étions à la fois attendu et parfois redouté dans les bons hôtels à l’an-cienne. Chaque soir c’était la fête, et comme des collégiens nous ne manquions jamais de nous faire des farces, mais aussi d'en faire profiter les autres clients, parfois à leurs dé-pens. Mon gag préféré, était de changer les numéros de chambre sur les portes. Mettre la plaque des «WC» à la place d’un numéro, le pied. Il suffisait ensuite de se planquer et de suivre le manège. Aujourd’hui ce passe-temps de gamin effronté n’est plus jouable, les toilettes n’étant bien souvent plus au bout du couloir.                

 Le plus jeune de l’équipe, Patrick, arrivé dans ce métier par-ce que «beau papa» ami du Directeur général de la marque d’apéros, n’avait rien pour y sévir. Ce périple terminé, il fit tout autre chose, dans la banque sans doute… parce que «papa» y était. Celà dit, il avait quand même un certain hu-mour.  



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     Dans cette décennie 70, je présente donc beaucoup de spectacles, et j’aurai entre autres le plaisir de souvent ren-contrer Jean-Claude Darnal. Il est lui aussi originaire du Nord, on se connaît depuis mes débuts, et se retrouver est toujours pour moi un grand bonheur. Chanteur à textes, il fera une belle carrière sans jamais pour autant faire ce que l’on appellera «un tube». Sauf peut-être avec «Quand la mer monte» qui fit les beaux jours d’un certain Raoul de God-waersvelde et repris par les Compagnons de la Chanson.
- Anecdote... Un jour, nous nous produisons dans un ciné-ma de Brest. C’est un cinéma, et c’est bien connu un cinéma n’est pas équipé pour faire du spectacle, hormis un sem-blant de scène. Pourtant, les organisateurs ont voulu bien faire, et ont tout prévu pour le confort des artistes.
 Lorsque passant derrière l’écran, nous nous retrouvons dans ce qui a été aménagé en loge, nous sommes satisfaits de l’effort apporté. Tables, chaises, glaces et lumières pour le maquillage, occupent un pan du mur.
La pièce partant en pointe, le bout est tronquée par un épais rideau. On prépare nos tenues de scènes, et curieux, Jean-Claude écarte le tissu afin de découvrir ce qui se cache der-rière. C’est alors qu’il explose de rire et m’appelle, clignant des yeux, il me fait voir jusqu’où les «G.O.» avaient été pour nous plaire. 
Les toilettes de la salle se trouvant comme dans tous les cinémas dans le hall d’entrée, ils avaient aménagé le petit coin avec un seau émaillé comme on en trouvait dans le temps à la campagne, avec posé sur le couvercle un rou-leau de « p.q. »

 Inutile de préciser qu’avant notre entrée en scène, on prit le soin de faire le détour jusqu’à l’entrée du public, afin de  ne pas infliger à nos hôtes la corvée de vidange.



     En 1974 lors d’une animation avec Jacques Francini et Maître Jacques Martin, je rencontrais faisant ses courses, une espèce d’indien que j’avais connu dans une émission de Jacques Courtois «Le Maxi Club».

 Ce divertissement pour les jeunes, était diffusé à l’époque le jeudi, jour de vacance scolaire, en direct depuis le restau-rant du premier étage de la Tour Eiffel.
 Ce phénomène aux cheveux plus que longs, au profil taillé à coup de serpe, fut très longtemps considéré comme étant le meilleur «batteur» de sa génération. Avec trois autres acolytes il s’éclatait au Sénégal au sein d’un groupe : le Martin Circus.                   
 Nos retrouvailles m’amenèrent à Neuilly où ils avaient leurs bureaux et c’est ainsi qu’à la demande de leur mana-ger, un ami, ancien secrétaire de Richard Anthony, je ren-trais dans le Cirque des Martin, là également pour le meil-leur et pour le pire.
 Notre objectif de départ, relancer entre autre le Fan Club fort de plus de mille cinq cent adhérents, dont une antenne au Japon. Ma fonction au sein de l’équipe, de road manager, assurer le transport, la logistique, mais surtout l'ange gar-dien des danseuses : Les Marylènes.            

 Quelle aventure, nous n’étions pas souvent à la maison. Ils étaient incontestablement la meilleure première partie que l’on puisse espérer dans un spectacle. «Gégé» le leader, n’a je pense, jamais pu se faire à cette idée – idée que ce groupe n’avait pas l’étoffe pour être «Star» à part entière.
 Indépendamment des prestations dans le cadre de fêtes lo-



cales où le public était de toute façon là, le Groupe était sol-licité pour de nombreuses tournées à travers la France et les pays limitrophes, et pour pas mal d’Olympia. 

 La même année, ils furent sur scène en levé de rideau de…  Joe Dassin – Michel Sardou – Nicolas Peyrac, puis Dave... 

 C’est au cours de l’une de ces tournées, celle de Joe, que je fis la connaissance du pape de l’éclairage, Jacques Rouvey-rollis.  

 A l’époque les moyens techniques étaient limités, quelques gamelles dans un petit camion, associées à celles de la salle où l’on se produisait, faisaient l’affaire. Déjà, avec son génie et un pétard dans la tête, il nous faisait des miracles. Un lever de soleil, le zénith et le coucher, le temps d’une chan-son «l’Eté indien»… une pure merveille. 
 Depuis, tous les grands spectacles de Sardou à Bercy à Johnny au Stade de France, c’est lui.



     Je n’étais pas peu fier de cette équipe.  Nous étions dix-sept personnes sur la route, et je pense être le premier à avoir lancé les uniformes dans le métier. Partant du princi-pe que l’équipe technique est la première arrivée sur le ter-rain, mais également la dernière à partir, «elle» est en quel-que sorte l’Ambassadrice de l’artiste. Elle se doit donc d’être présentable, affable et sympathique. La mode du moment étant aux chemises bowling, les roads et techniciens furent habillés de jeans et chemises aux couleurs du Martin Circus - le rouge et le blanc.  Jeans rouges, chemises blanches re-vers de manches et soufflets dans le dos, rouges… et bro-dées à la main s’il vous plait : «Martin Circus». 

Baskets BATA dont le Groupe était partenaire pour le lance- 

 



ment d'une ligne de basket, et correspondant à l’actualité d’un album «Tu joues ton cœur».   

 Commença alors l’époque du marchandisage comme l‘on devrait dire. Création de grandes écharpes, je suis formel, nous avons été les premiers, mais aussi t.shirts, et autres produits.   

 Au sujet de la création des écharpes, j’ai vécu une petite anecdote assez pittoresque. Monique, ma fiancée à cette époque, avait trouvé par l’intermédiaire de notre amie Ma-rielle Goitchel (skieuse, médaille d’or des J.O.), un fabricant qui pouvait réaliser le modèle d’écharpe que j’avais dessiné, mais avec des délais de fabrication trop long à mon goût.  

 Nous étions en septembre, nous partions en tournée avec Michel Sardou en fin d’année, et je voulais absolument cet article.
 Complètement inconscients du travail que cela représen-tait, avec Monique, en l’espace de quelques minutes nous décidions de les fabriquer nous-mêmes.
 Cette merveilleuse créature était aussi folle que moi, et par-tante pour tout ce qui sortait de l’ordinaire. D’où, achat d’une machine à tricoter, d’un stock de laine (bleue, blan-che, rouge), et, jour et nuit on se relayait pour tricoter.

 Nous habitions en ce temps un petit appartement près du canal Saint-Martin, en moins de quarante-huit heures, il prit l’allure d’un  bouclard du sentier. 
 Nous devions avoir des voisins exceptionnels. Malgré le bruit lancinant et exaspérant de la machine, à aucun mo-ment on ne vint frapper à notre porte.

 Pendant les voyages, dans la voiture, elle continuait de bro-der à la main le sigle Martin Circus.    

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 Ma plus grande crainte, les liaisons au sein du groupe, les garçons étant tous mariés.
 Je ne pus malheureusement l’éviter, et c’est au cours de la tournée Dassin, que les couples se formèrent.
 Que pouvais-je y faire ?
 

- René – le batteur – venant de se séparer, forma un couple uni avec Corinne la petite rouquine – «Petitou» c’était le surnom que je lui avais donné. Il sera mon témoin lors de mon mariage avec Monique.



 Aujourd’hui ils sont toujours ensemble parents d’un char-mant jeune homme, installés depuis quelques années  sur la Côte d‘Azur.

 Coach, il donne des cours de batterie, son fils étant l'un de ses meilleurs élèves, mais il sévit aussi au sein d'un groupe : les  "Bluegators".



- Alain – le guitariste – sera pendant quelques années avec Graziella dite «Gratzouille». Aujourd’hui retirée de la scène elle vit à quelques kilomètres de Besançon, mariée avec un guitariste de grand talent lui aussi… quant à lui, il continue son métier de musicien, il fut guitariste entre autre de Da-niel Balavoine et plus récemment de Dany Briant.



- Sylvain dit «Bilou » - le clavier – lui formera un couple as-sez tumultueux avec Pascale. J’ai eu l’occasion de la rencon-trer en 93 dans un restaurant à Paris, elle est devenue une superbe belle femme, chef hôtesse dans les salons profes-sionnels.
 Quant à lui, il m’a téléphoné en début de cette année, bien que retiré dans la région d’Avignon, il travaille toujours avec Alain et Gérard.
 Pour ce qui le concerne lui, «Gégé», avec Pitoune ou Marie, la seconde ayant succédé à la première dans le ballet, ils res-tèrent sur  leurs positions… elles étaient elles majeures.

 

     Ce groupe, pour ceux qui ne l’ont pas connu, «ça démé-nagé».
 Sur le plan visuel c’est un régal. Nous sommes les premiers à chercher et à avoir des effets spéciaux. A l’époque ça va de la machine à bulles aux fumigènes - mon ami Alain Roy

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 n’est pas encore là avec ses «flammes».

 

     Une petite histoire belge. Un soir, à Liège, en tournée avec Joe Dassin, un incident amena le public à exploser de rire.
 Comme dans tous les théâtres, il y a dans les  coulisses, de chaque côté de la scène : le pompier de service. Il est en tenue de combat, avec le casque, prêt à intervenir… c’est la réglementation.
 C’est ce qui se passa ce soir-là. Lorsque des coulisses Dany Moroni le régisseur mit les deux fils en contact avec une pile pour déclencher les fumigènes placés derrière la batterie de René, il y eut une réaction immédiate des deux soldats du feu, qui entrèrent chacun de leur côté, extincteur en main, et courant arroser copieusement de leur mousse le pauvre batteur.

 Si après un temps de réaction tout le monde, y compris les artistes sur scène en rire, sur le coup ce fut la confusion et on faillit en venir aux mains…      

     Dans cette même tournée, en dédicace dans une grande surface de Amiens, étant le soir au cirque d’hiver de cette même ville, on se fit cracher dessus par des «petits beurs»… eh ! oui, déjà.             


     Ce groupe fut sans conteste, et bien avant la mode, le pre-mier «Boys Band» français. Ils avaient toutefois eux le méri-te par rapport à ceux fabriqués dans les années 90, s’ils n’é-taient pas des produits issus des salles de muscu, c’est le moins que l’on puisse dire – de savoir jouer, chanter, dan-​ser.  



​ Une grande partie de leurs succès étaient des adaptations françaises des tubes des Beach Boys, les chorégraphies étant d’un Maître de l’art du moment, le merveilleux Amadéo. 

 Cette période ne fut pas toujours simple dans la gestion de tout ce petit monde. Je déposais par exemple ces demoiselles chez elles à deux heures du  matin, elles reprenaient un taxi pour aller retrouver les garçons – d’où le lendemain au bureau, l’appel des parents.
 Sans compter en tournée le manège des artistes ou de leur entourage pour conquérir ces fruits verts.
 

     Je ne peux parler des Martin sans avoir une petite pen-sée pour «le musicien» du groupe. Un chanteur en général a

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Podium de LA VOIX du NORD - Arrivée des 4 jours de Dunkerque - 15 mai 1977

Le MARTIN CIRCUS  -  Je présente : Patrick SEBASTIEN

 

 

ses musiciens, nous, nous  avions notre musicien, le bassiste  Didier Dufresne.

 Didier était la pièce rapportée. Ayant un caractère excep-tionnel, il se faisait à la situation relativement inconfortable qui était la sienne. Jamais je ne l’ai vu, même aux périodes  les plus tendues au sein du groupe, sans le sourire.

 Avec Patrick Sébastien et Michel Sardou ils ont quelques bitures en commun, dont une mémorable à Bayonne. Un autre point commun entre ces trois compères, leur attiran-ce – disons charnelle – pour la merveilleuse beauté qui pré-senta quelques jours seulement la «tournée explosive» de Michel en 1976/77 – Jacqueline Huet.

 Ce fut je crois pour eux, l’une des rares avec qui ils se cassè-rent les dents, l’ex-speakerine du petit écran, n’ayant pas succombé à leurs assauts.
 Ma dernière rencontre avec Didier remonte à plus de trente ans, il était alors bassiste de Thierry Le Luron. C’est pas hier,

mais je ne peux repenser à cette page de ma vie, sans revoir son sourire, sa moue, et ce geste de la main qu’il avait, style «… oh ! la la».
 C’est à l’issue de cette tournée tumultueuse de Michel, en 1977, qui me vaudra ma seule fausse dent, que je quitterai le Groupe. Les tensions me devenaient insupportables à vivre au quotidien.
Aucun Groupe - même les Beatles - ne résiste dans le temps, ou alors il faut s’appeler les Compagnons de la Chanson ou les Frères Jacques.


     Avec eux j’aurai de nombreuses anecdotes sympas, et no-tamment celle-ci avec Gérard Lenorman.

 Nous sommes en spectacle – le terme concert, hormis pour la musique  classique n’était pas encore rentré dans le voca-bulaire de la variété - à la Foire de Châtellerault.

 Comme partout c’est le succès assuré. Le Groupe sur scène c’est une véritable cure de jouvence.
 Ca chante, ça joue, ça danse, en un mot ça chauffe sérieuse-ment pour la «vedette» qui va suivre. 
 Ca sera encore le cas ce soir-là, les Grands et Producteurs du moment ne s’y trompent pas, d’où un planning surbooké des mois à l’avance. Nous faisons entre deux cent et deux cent cinquante galas par an.
 Pendant le tour de chant de «l’enfant des cathédrales», les

 

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filles et mes garçons décompressent, signent quelques pho-tos, on se rafraîchit… et en route, direction Paris.

 Il faut préciser qu’à cette époque les artistes n’avaient pas les exigences démesurées d’aujourd’hui. La prestation ter-minée, on remontait dans les voitures et comme dirait  E.T.… maison !
 Si l’on voulait dormir sur place, c’était à nos frais, les orga-nisateurs n’ayant pas à nous entretenir comme ça l’exige depuis quelques années.
  A quelques kilomètres de Châtellerault, nous sommes ar-rêtés dans une 
station service pour un arrêt pipi de ces de-moiselles, lorsque arrive en trombe une R 16, d’où surgit en bras de chemise, un Lenorman surexcité, le regard plus que jamais hagard, le souffle court…

- Guy, tu rentres sur Paris, peux-tu m’emmener ?
 Il n’y a évidemment aucun problème. On se serre un peu et en route. Gérard nous raconte alors ce qui vient de se pas-ser, et le pourquoi de cette arrivée surprenante.

 En général, lorsqu’il attaquait sa dernière chanson, Patrick son secrétaire, préparait la voiture, faisant tourner le mo-teur pour un départ précipité alors que les musiciens conti-nuaient de jouer. C’est une pratique que je n’ai jamais ap-prouvée, estimant qu’après un spectacle l’artiste se doit à son public. Beaucoup toutefois agissait de la sorte, et ça se pratique de plus en plus. C’est donc ce qui se passa ce soir-là, si ce n’est que lorsque le secrétaire étourdi claqua la por-tière de la belle américaine, il condamna l’ensemble.
 Ca rappelle l’histoire du belge, avec cette différence, que là il n’y avait pas de capote ouverte.
 Ayant une soirée à Paris, chez Castel, il n’avait pas le temps

d’attendre que son chauffeur trouve la solution pour ouvrir, et espérant nous rattraper, il s’était fait accompagner par l’un des organisateurs. Une chance que je m’étais arrêté, le pauvre mec aurait dû faire le voyage jusque la Capitale et retour.​

 Comme quoi, motivé par les filles, le fameux «arrêt pipi» eut ce soir-là du bon.
 Concernant Gérard et son secrétaire, j’ai bien une autre anecdote, «but sorry», elle est inracontable.

Par contre l’aventure qui nous arriva un certain dimanche de juin 76, mérite le détour.



  Chaque semaine nous faisons quatre, voire cinq specta-cles, les week-end étant donc particulièrement chargés. Ce jour-là, nous sommes à notre troisième, venant d’Agen nous sommes attendus à Vierzon dans le cadre de la Fête du Parti Communiste. C’est en plein air, cette année-là c’est la canicule. Au milieu d’un parc, des stands, un grand podium non couvert, à côté un autre plus petit.
 Lorsque nous arrivons sur place à bord de notre 
«Cadillac», l’accueil sans être agressif, n‘est pas des plus chaleureux chez "les camarades».

 Chez eux, les communistes, on ne rigole pas, il y a des rè-gles, on ne transige pas. Sur le champs d’à côté, il y a un parking, c’est pour tout le monde. Martin Circus ou pas, on se gare là «où qu’a dit le monsieur au brassard», et on va à pied. 
 Ben voyons mon colon.
 J’essaye de faire admettre que les garçons qui m’accom-pagnent, sont les artistes en vedette de leur spectacle, qu’il

est hors de question de ne pas nous stationner derrière la scène comme le bon sens le veut, ayant entre autres dans le coffre, les tenues de scène. Le gardien primaire ne veut rien entendre, le ton monte, j’enclenche sur A de la boîte auto-matique, un coup d’accélérateur, et le monstre américain fait un bond en avant roulant sur les pieds du gardien bor-né. Ca gueule, mais qu’importe, nous avons passé le barrage.

 Arrivée en «backstage» l’accueil est nettement plus sympa, mais je découvre un autre souci pour le bon déroulement de notre prestation. Le matériel installé sur scène depuis le début de l’après-midi souffre de la chaleur caniculaire, et notamment la double batterie aux fûts métalliques. Clin-quante, en plein soleil, elle a les peaux qui se détendent, et malgré les serviettes mouillées et autres protections, elles floppent. Didier et Patrick les deux fidèles roads trouveront toutefois le remède, comme à leur habitude pour que tout se passe bien à l’heure prévue de l’entrée en scène des idoles.
 La prestation se déroule au mieux . Tout le monde transpi-re. Comme dans tous les spectacles à la française, il y a une fausse sortie, à savoir que les artistes quittent le plateau, le public en redemande, l’artiste revient en faire une petite dernière.
 C’est ce que l’on appelle un rappel... ça n’existe que chez nous, dans les autres pays, quand c’est fini, c’est fini.
  C’est bien évidemment ce qui se passera, mais top du top, au moment où les garçons abandonnent leur face à face avec leur public, du podium à côté monte une voix nasillar-de qui dans une sono de merde, commence à déclamer...

- travailleuses, travailleurs...

... travailleuses, travailleurs…
 Je suis fou. D’un bond je traverse la scène et atterris dans une Estafette Renault d’où part la sono. J’arrache tous les fils qui me tombent sous la main, sous le regard ahuri de deux mecs qui n’ont rien compris au film. Mes garçons et leurs danseuses sont revenus en scène, ils peuvent terminer leur spectacle.
 Quelques minutes plus tard, le discours reprendra, la voix nasillarde qui nous fera alors exploser de rire prend un visage : celui de Arlette Laguiller.
– eh ! oui déjà.



     Considérant que ma politique est d'apporter du bonheur aux gens qui viennent à mes spectacles, je n'en ai jamais fait, ne prenant jamais partie pour tel ou tel bord.

 Toutefois un jour dans un spectacle pour le P.C., rempla-çant au pied le levé un ami indisponible, la responsable vou-lait que je lise un texte de deux pages... sorte de propagande pour les exilés Chiliens.

 Je m’y refusais, lui expliquant que j’avais été engagé pour faire du spectacle et non de la politique. Elle insista, me dé-clarant que le collègue à qui je rendais service dans d’autres circonstances s’étaient prêtés au jeu... le ton monta, j’étais prêt a entrer en scène, un moment je vis rouge - c’était de circonstance - je l’envoyais sur les roses... ça l’était moins, et je remontais dans ma voiture au lieu de faire mon show, les plantant là.

 Inutile de dire leur réaction, je dus me casser sur les cha-peaux de roue, sous les huées et les canettes de bière.
 A chacun ses convictions, je n’ai pas les leurs, partager oui,

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mais pas avec ceux qui ne foutent rien et qui comptent sur ta solidarité pour vivre les doigts de pieds en éventail.



     Un autre incident se produisit un jour dans une fête du même Parti, sous chapiteau à Bourgoin Jallieu.  L'ambiance est bien entendu au rendez-vous, et ça chauffe dans tous les sens du terme. Dehors il y a un soleil de plomb, dedans un public déchaîné.

 A la fin d'une chanson, les filles venant de sortir de scène, un mec, venant lui de je ne sais où, une canette à la main, monte sur scène et se plante devant Gérard. Il n'eut guère le temps de faire son show. Déboulant de "jardin", je le chopais par le blouson et le jetait littéralement de scène. Chose que je ne pouvais imaginer c'est qu'il allait se taper le menton sur une barrière.

 Le spectacle terminé, sortant du chapiteau par derrière la scène, en tête de l'équipe je me trouvais face à quatre lou-bards dont l'éjecté la gueule relativement amoché.

 Je me voyais déjà passant un mauvais quart d'heure, mais surprise, sans un mot ils reculèrent, et quittèrent les lieux.  

 Etonné mais rassuré, je me retournais vers, en principe les Marylènes, et là j'eus la surprise de voir, rigolards, Dany et Patrick nos deux roads.

 Assurément les fêtards en voyant les deux "baraques" der-rière moi avaient préféré prendre le large.



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     Dans les semaines qui suivirent mon geste insensé de 93, je me suis plongé dans la lecture de Vivre debout - un livre de Martin Gray.

 Martin Gray est ce monsieur d’origine juif polonais, qui connut l’internement au camps de Treblinka, le ghetto de Varsovie, et qui bien plus tard, perdit dans l’incendie de son mas provençal, sa femme et ses quatre enfants.
 Son premier livre «Aux noms de tous les miens»… un exemple de courage. Dès les premières lignes de ma lecture, j’eus beaucoup d’admiration pour ce personnage, justement pour son courage, et chose très drôle, je découvris dans les pages de ce dernier livre, sous forme de conseils, ce que j’étais justement en train de faire : écrire.
 Je le cite… agis pour être en accord avec toi-même, et parce que la vie est action.
Mais quelle action ?
Agis d’abord sur toi-même, en toi-même. Ne reste pas mo-rose si tu l’es. Prends la plume, note tes pensées, fais le point. Exprimer ta pensée par des mots écrits est un «acte».

… étais-je sur la bonne voie.
 Cela fait plus de dix ans, et je me répondrai : … je pense que oui, je le pense car j’ai l’impression de me sentir plus léger, plus ouvert, plus serein, et pourtant Dieu sait – si il y en a un – si je l’ai toujours été.
 Je ne vois plus ni les gens ni les choses de la même façon.  

 Moi qui étais très exigeant, intransigeant, je suis devenu plus cool… c’est le mot à la mode.

 La preuve, ces écrits que je réalise pour mon plaisir mais

aussi pour voir clair en moi, il y a ne serait-ce qu’une di-zaine d’années en arrière, auraient été plus agressifs, avec plus de «coups de griffe».


     Bien que totalement différent quant au style, et au conte-nu, je retrouve la même philosophie dans les écrits de Pa-trick Sébastien, le but étant le même, réconforter, aider, par rapports à leurs propres expériences.

  Dans la vie rien n’est jamais perdu. Ne dit-on pas, tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir !

 Un regard autour de soi, et très vite on réalise que tout compte fait on est pas si mal loti, qu’il y a toujours pire.
 Si je ne prends que ces deux exemples... Martin Gray & Patrick, je constate que dans mon domaine, je suis sensible-ment dans la même veine, «le travail» étant une planche de salut incontournable.


     Un cliché me traverse à nouveau l’esprit en tapant le nom de Patrick…
… lors d'un Olympia en 1977, en première partie de Nicolas Peyrac, il avait un trac fou. Son fidèle Olivier fraîchement arrivé à Paris, pour la «première» était collé au lit avec une rage de dents épouvantable.
 Autre fidèle, je prenais la relève à ses côtés.
 Quelques minutes avant son entrée en scène, tournant en rond, il se sentait perdu, nu disait-il.
 Ne portant jamais de cravate, sa chemise bleue ouverte, j’eus un éclair, et décrochant ma chaîne de mon cou, la lui passais au sien. Je souhaitais la lui laisser, il ne voulut la garder que ce soir-là.

 

 Durant tout son show, j’étais isolé derrière un pendrillon côté jardin, ne le quittant pas des yeux, répétant mentale-ment ses textes que je connaissais par cœur.

 Ma récompense sera ses oeillades vers moi, comme s’il me remerciait d’être là, de faire corps avec lui dans cette épreu-ve fabuleuse qu’est de se donner à son public.
 Cette chaîne que je tenais de maman était pour moi un symbole d’amour.

 Elle restera dans mon esprit ce même symbole, le jour où pour la dernière fois je verrai Virginie (*) et lui accrocherai autour du cou, lui faisant promettre de ne jamais l’ôter, et par la même occasion de ne jamais mentir.
... a-t-elle tenue sa promesse ?
 C’est con d’être sentimental… mais que c’est bon.

(*)  Fille de ma trosième épouse, j'en parle un peu plus loin.



     En avril 99, revenant de Toulouse où j'étais en studio avec le Groupe Gold, je m'arrêtais à Carmaux, ayant découvert lors de sa traversée le matin, que Patrick s'y produisait le soir même avec l'orchestre de René Coll.

 Sous un chapiteau géant, je les retrouvais en pleine balan-ce. Lorsque René m'aperçut dans la salle il fit signe à Patrick et lorsque je montais sur scène, après une accolade, il s'a-dressa aux trois choristes et leur demanda... eh! les filles vous connaissez ce mec... vous savez quel âge il a ?

 Depuis notre première rencontre, c'est une chose qui l'a toujours étonné, mon âge. Celui-ci ne correspondant pas il est vrai à mon physique. Déjà quelques années plus tôt, il avait eu la même réflexion en s'adressant à la regrettée Brigitte Kido sa fidèle directrice de productions.

 

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  Autre fait, depuis le début de la tournée, il hésitait à mettre l’imitation de Michel dans son tour. C’est à force d’insister, lui garantissant qu’il était prêt, que le soir de Charleroi, il franchit le pas.

 Lorsque les musiciens lancèrent l’intro de Mourir de plaisir Michel depuis sa loge, décontenancé sorti comme un diable, et lorsqu’il arriva au niveau des pendrillons il s’entendit imité… il était ravi, quant à Patrick, il était lui soulagé.

 
     C’est également dans la seconde partie de cette tournée, qu’il fit un aller-retour à Paris pour présenter avec Evelyne Leclercq la sélection du «Grand Prix Eurovision», et où il aura je pense le «coup de foudre» de sa vie.
 Le dimanche soir, étant Aix-en-Provence, il avait convenu avec Didier – le bassiste des Martin, son pote de java, qu’il viendrait le chercher à Satolas, l’aéroport de Lyon, à l’avion de… je ne sais plus quelle heure. A peine une heure avant ce rendez-vous, Didier vînt me voir, me déclarant qu’il l'avait complètement oublié, et me donnant les clefs de la grosse Opel bleue claire de Patrick, me dit : sois sympa, va le cher-cher.
 Lorsque j’arrivais – en retard bien entendu – il attendait de-puis plus d’une heure, furieux, cela va de soi, et il voulut conduire pour redescendre à Avignon. Je crois que je n’ai ja-mais eu aussi peur de ma vie en voiture. Lorsque nous arri-vâmes à la caravane-loge derrière le chapiteau, Freddy, le garde-du-corps de Michel, qui avait remplacé pour la pré-sentation la belle speakerine, l’annonçait. En quelques se-condes il était prêt et faisait son entrée dans sa tenue fétiche «son Bourvil»… ouf !

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     Autre souvenir de cette tournée sous pression, Bayonne – pays des frères Daguerre – Gérard pianiste et Henri bassiste de Michel.
 La présentation de l’orchestre – ça n’était pas encore celui de René Coll – se faisait par une chanson Mes Galériens.

 Lorsque le chanteur des bals populaires arriva au pianiste et au bassiste qu’il avait gardé en réserve, il les présenta comme étant les enfants du pays, et, improvisé ou mis au point, je l’ignore, toujours est-il que les deux frères prirent le devant de la scène et avec les cinq ou six mille spectateurs, entonnèrent un chant traditionnel basque.

 Ils firent un véritable triomphe, qui se termina dans les tro-quets bayonnais et au bar de l’hôtel, où Patrick étais raide mort, bourgeonnant, un peu comme Michel Piccoli dans La Grande Bouffe - René, le batteur Martin et Michel, eux trin-quant à la Napoléon, finissaient leur beuverie au Fernet Branca sous le regard goguenard de Didier affichant son légendaire sourire.

 Cette tournée mémorable, on ne peut pas plus stressante amena Michel à craquer le soir de Lyon. La salle où nous passions, avait une scène très haute, plus de deux mètres. Fatigué, énervé, angoissé par cette vague de haine, de mé-chanceté gratuite, il se jeta de son perchoir dans son public.

 

     Il restait quelques villes à visiter, mais c’est le surlen-demain à Besançon, que la décision de rentrer à Paris fut prise, annulant le reste de la tournée.
 Le parking du Palais des Sports était noir de monde, d’un monde hostile, agressif, armé de frondes avec des billes en acier… pourquoi ?



 Mon break transportant mes Marylènes, déjà cabossé par des pavés à Avignon, subit bris de phares et autres conneries de petits merdeux refoulés. Un commissaire de police dans l’échauffourée reçut une bille dans la gorge, et moi je rentrais à Paris avec une dent cassée.

 Cette ville m’aura marqué dans ma chair, c’est sûr !



























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    Cette époque riche dans tous les sens du terme, ou un di-recteur artistique, connaissait la musique et son métier, pé-riode où ce personnage capital pour gérer la carrière d’un artiste, avait encore un sens, le fric n’étant pas son but pre-mier, même s’il devait assurer un résultat vis-à-vis de la maison de disques.

 Aujourd’hui ce faiseur d’artistes, ce dénicheur de talents, est remplacé par ce qu’ils appellent des chefs de produits : ça veut bien dire ce que ça veut dire.

 Bien qu’ayant toujours très bien gagné ma vie, l’argent n’a jamais été mon objet. Ce qui n’est pas le cas bien entendu pour tout le monde.
 Je me souviens au début des années 70, avoir fait un passage assez éclair dans une émission que l’on pouvait écouter sur la radio d’état, les nuits du week-end. Nous étions une bon-ne brochette de vingt ou vingt-cinq animateurs, sillonnant les bals du samedi soir avec un Nagra ou un Uher pour 
cer-tains - c’était mon cas, un petit lecteur K.7 Philips pour d’autres.

 L’émission ne diffusant que cinq ou six soirées enregistrées par semaine, je laisse deviner à quoi servaient les autres…

 Nous étions officiellement – bulletin de paye à l’appui – rémunérés par la Radio, mais étions également vendus à l’organisateur par le producteur. Les orchestres de cette émission - dont faisait partie Robert Trébor - devant impé-rativement avoir le label de la maison, étaient également impérativement fournis par le producteur… je précise pro-ducteur de l’émission, donc lui-même rémunéré par la grande maison qu’est Radio France.

 Ce qui veut dire qu’au énième étage de la Maison gruyère il y avait une véritable agence artistique qui pendant des an- 

Lyon - salle de la Tête d'Or - 11 mars 1977
... Mimi avant le "grand saut"



nées rapporta beaucoup d‘argent… à un fonctionnaire de l’état. Mais après tout, ce cher producteur n’avait-il pas rai-son puisque le système lui donnait l’opportunité de le faire.

 

     La «Maison gruyère», nom commun donné à la «Maison de la radio», à cause de ses X étages, avec une porte environ tous les cinq mètres, et ce sur des centaines de mètres de couloir en rond. Il est tout à fait possible de passer une journée en marchant sans jamais rencontrer quelqu’un pour vous demander ce que vous faites là.
 A cette époque, la majeure partie des émissions télés, se faisaient également depuis ce Palais de l’audiovisuel, installé boulevard Kennedy. Tonton Lux était un attitré du fameux «102» - Danièle Gilbert du «103», où était tournée son Midi Première.

     Un matin, avec l’équipe Martin Circus, nous étions à la terrasse du Palais des Ondes, prenant un café avant la répé-tition de cette émission. A cette même terrasse, un grand garçon posé, réservé, très sympa – sa guitare posée sur le bord d’une chaise, il venait participer à une émission radio.

 Dans notre discussion, je me souviens de son admiration pour l’organisation de notre équipe. C’était ses débuts,  et il y croyait… et combien il avait raison d’y croire.

 Lorsque tout le monde se leva pour partir, y compris ce jeu-ne chanteur débutant, j’allais au bar régler la note. Reve-nant à la terrasse, plus personne, par contre, sur le bord d’u-ne chaise, la boîte à guitare. Je rejoins mes garçons, persua-dé qu’au moins l’un d’eux saura qui était ce distrait et où je pourrais le retrouver. Personne ne le connaissait.

  Solution, le standard des studios – coups de fil, re re coups de fil, balade dans les couloirs, demande aux portiers des différents studios… rien.

 Enfin arrive au 103 où nous, nous étions, sauf moi bien évidemment et la guitare, ce sympathique étourdi ou amou-reux peut-être.
 Il finira par récupérer son instrument, et c’est ainsi que je fis la connaissance de Yves Duteil.
 Les hasards de ce métier, feront que nous ne nous sommes jamais revus. En 1995, nous avons failli partir ensemble à Djibouti, l’affaire ne s’est pas faite. Nous sommes sans doute amenés à ne jamais nous revoir… ainsi va la vie.


      Dans cette même maison de la radio, un soir de tournage de «Ring Parade», un des fleurons des idées de Tonton, je fis sans le savoir une gaffe que je ne suis pas prêt d’oublier.

 Dans cette émission, chaque semaine Guy faisait appel à un animateur d’une radio périphérique – les FM. n’existaient pas encore – c’est ainsi que bon nombre de jeunes firent leur apparition à l’écran.
 Quand je dis jeune c’était pour l’époque évidemment. De-puis ils ont pris de la bouteille, de l’embonpoint… n’est-ce pas Jean-Pierre !... Oh! sacrée soirée.
 Ce soir-là, nous étions installée toute une équipe au salon, suivant sur des écrans de contrôle le déroulement de l’émis-sion. Parmi cette équipe, Michèle Robic, responsable du ser-vice promotion et presse de Vogue, la maison de disque du Groupe, leur attachée de presse, un ou deux Martin, idem de Marylènes, et la discussion va bon train.

 Je ne peux évidemment pas retenir mes critiques quant à l'

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animateur invité de la soirée. Transfuge de Europe 1,  ce charmant garçon, était… mais soyons indulgent, c’était sa première télé, franchement mauvais. Je n’hésitais quand même pas à en rajouter, ne comprenant pas qu’un profes-sionnel comme Guy Lux puisse accepter ce «nul».
 Ma voisine, une Marylène… coups de coude, coups de ge-nou, regard affolé. Moi ne comprenant rien à son manège, j’en rajoute, jusqu’au moment où l’attachée de presse se lè-ve, visiblement dépitée, et s’en va se réfugier dans une loge.
 C’est alors que j’appris par ma petite danseuse, qu’elle était l’épouse de l’animateur en question.
 Inutile de préciser que nos rapports par la suite furent plus qu’inexistants.
 Celà dit je ne retire rien à ma critique… il était franche-ment mauvais ce Jean-Loup Lafon.
 Petite précision que je découvrirai plus tard, cette madame Lafon est la soeur de Babette, ex-madame Sardou.

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1974 - MONTAUBAN - Animation Euromarché.

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     Avant ma période Martin Circus, ayant collaboré com-me déjà énoncé avec le clown Francini – j’eus l’honneur et le plaisir de partir en tournée, en Compagnie, celle de Jaboune, le merveilleux Jean Nohain.
 Une montagne de gentillesse et d’amour ce Jaboune. Dans cette tournée du Cirque Spirou, j’étais très officiellement le faire valoir de Francini et d’un autre clown… oh ! combien talentueux : Tico. Nous étions Tico et moi la Compagnie au sein de l’équipe «Francini & Cie».
 Notre spectacle avait un franc succès et chaque soir nous nous partagions un tonnerre d’applaudissements, ce qui ne plaisait pas toujours au leader, et qui de jour en jour cou-pait des répliques à sa «compagnie». Ceci ne changeait rien, le «contre-pitre Tico» ayant une personnalité telle, que seu-le son entrée suffisait à faire exploser le chapiteau.
 Dans cette tournée, je devins vite l’homme à tout faire.

 J’installais la sono et les éclairages, je vendais avec les au-tres artistes les nougats, je gérais la vente des programmes et des livres de Jaboune, l’emmenant en dédicace dans les li-brairies des villes visitées, faisais la voiture «pub» - le pied quoi…
 C’est dans cette tournée également que je ferai la connais-sance d’un petit «phénomène» du cinéma, avec qui je vivrai maritalement presque deux années. Deux années instables avec une femme enfant gérait par des parents inconscients que leur fille n’était plus depuis longtemps la petite «Co-sette», rôle qu’elle avait tenu au cinéma dans les Misérables, aux côté de Jean Gabin et Bourvil entre autres.

 

 Martine Havet avait un talent exceptionnel, oui elle aussi.

 Très bonne comédienne, enfant elle tourna une quinzaine de films, puis durant quelques années présenta les émis-sions pour enfants au côté de Jean Nohain.

 Nous nous étions déjà croisé dans l’émission de la Tour Eiffel qu’elle présentait avec Jacques Courtois.

 Dans ce spectacle sous chapiteau, elle chantait en début de deuxième partie, moi je terminais la première partie...



«Coup de foudre»...

     Gadget dans son genre, elle m’apporta des moments très forts, mais me trahit deux années plus tard, partant en Es-pagne avec ses parents... et un autre, pendant que je restau-rais notre appartement.

 Je vécus avec elle une situation particulière et me sentis très vite mal à l’aise. Ma nature – disons romantique, sentimen-tale, ne correspondait pas à la sienne… plutôt hard dans ses rapports - le SM ne faisant pas partie de mes pratiques amoureuses. Un jour ce qui devait arriver arriva, un autre prit la place, qui fut remplacer par un autre, puis un autre… ensuite je n’ai plus suivi – mon amour pour elle ne tenant en fait qu’à une chose précise, le sexe,  no comment !


     Pour revenir au spectacle, donc avec Francini & Cie, nous terminions la première partie, et j’avais pris l‘habitude en sortant du chapiteau pour revenir à la caravane loge que je partageais avec Jaboune, de prendre au bar tenu par Lydia Zavatta, un paquet de cacahuètes à décortiquer. Attendant la seconde partie et le final, je grignotais mes arachides, pendant que Jaboune en suçait quelques unes.
 Un jour, visitant en Vendée un élevage de poulets, le pro-priétaire de l’exploitation ayant offert deux cartons d’un excellent "
entre deux mer" à notre  chef de compagnie, celui-ci me dit avec sa façon bien particuculière, due à son faciès rectifié de «gueules cassées de la 2ème D.B.»…

- Mon petit Paqui, si avec tes cacahuètes on se prenait un petit coup de blanc ?

- Pourquoi pas, avec plaisir Monsieur Nohain...



et je m’empressais de déboucher une bouteille.

 L’habitude fut prise, chaque soir avec les amuse-gueules préférés des primates, on buvait le p’tit coup de blanc. Mais surprise, lors de notre dernière à Deauville – Jaboune trouva ses deux cartons de douze bouteilles vides, et eut bien du mal à admettre qu’on les avait éclusé à deux, et pourtant cher Monsieur Nohain je peux vous garantir que c’est vrai.

 

     Ce personnage plus que gentil était un grand naïf dans son genre, et tombait dans tous les pièges que pouvait lui tendre certains de son équipe. A la sortie des plages, un peu avant midi et le soir à dix-huit heures, il y avait la parade à laquelle participait toute la troupe. Il y avait des jeux, donc des partenaires et cette année-là notamment, un fabricant de jeu style «raquette en bois/balle au bout d’un élastique».





























1972 - Jean NOHAIN - Plage de Arès.



 Chaque jour ce sponsor déposait un stock de son joujou de plage dans un magasin de la ville, nous en faisions l’annon-ce.

 Un midi, Jacques Courtois, le papa d’Omer (*), premier ven-triloque connu en France par la télé, trouva un papier dans la cabine régie du car podium. Il se mit à griffonner. La pa-rade commence, Jaboune lance le jeu des fameuses raquet-tes et au moment d’annoncer le nom du commerçant dépo-sitaire, il ne trouve dans aucune de ses poches le prospec-tus. Réalisant la chose, je récupère en régie le document et le lui tend.

 Annonce de l’allumeur de «36 chandelles» (**)…
 Mesdames et messieurs, chers petits amis, le fameux jeu de « XYZ » est donc en vente chez monsieur, et là en articulant bien…chez monsieur Pi no cul.
 Temps d’arrêt, réflexion, nouvelle annonce… chez mon-sieur Pinocul… Ohhh !… mesdames et messieurs, je crois bien qu’on m’a fait une blague.
… et dans la cabine, Courtois mort de rire, car en fait, ne sachant pas ce qu’était le prospectus, voyant le nom de Pi-nault, il avait rajouté, comme tout farceur aurait pu le faire, le «cul».
 C’était un côté très attendrissant de Nohain... oh ! pardon, Monsieur Nohain.
 Combien de fois en sortant de notre caravane, ratant la marche, il s’allongea dans le sable des plages où se plantait chaque jour le chapiteau. Combien de fois a-t-il pris en tra-vers de la poitrine un cordage de la tente, lui faisant faire un vol plané… alors, il entrait en scène dépoussiérant son vieux smoking râpé, et annonçant avec un air d’enfant battu… je suis tombé.



(*) Omer est une marionnette espiègle dont la page de gloire était la chanson… pour bien respirer faut s’couper les poils du nez, vas-y donc Gégène, prends ton oxygène... si tu n’respires plus, t’as qu’à t’couper les poils du… à ce moment Jacques reprenait en main son turbulent partenaire.

                     

(**) «36 chandelles» - fut la première émission télé de divertissements en public et en directe, animée par Jean Nohain et André Leclerc, d’où sortira  entre autres un monstre du comique  : Fernand Raynaud.

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103 -                                                                                                                                                                                                               - 104

 

  Jusqu’à son dernier souffle il sera sur scène, le micro à la main, animant des croisières pour le troisième âge, lui qui était déjà depuis un certain temps dans le quatrième – nous avons un métier merveilleux, non ?…
 Jean Nohain faisait partie de ces personnages bouffés par le vice du jeu. Il ne pouvait voir un Casino sans y mettre les pieds, jouant jusqu’à y perdre sa chemise.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 











 Notre tournée se terminant à Deauville - c’était un jeudi - si certains rentrèrent sur Paris, ce fut mon cas, lui resta sur place et passa une partie du week-end devant les tables de roulette... où il perdit très gros, à savoir une partie des recet-tes de la tournée.

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 Lorsque le lundi on se retrouva comme convenu chez lui à Paris, pour faire les comptes, il était complètement fauché.  

 On dut patienter quelques jours, mais tout le monde fut toutefois payé.
 

     C’est également au cours de cette tournée, que j’eus un matin, une surprise très agréable, et c’est là que l’on s’aper-çoit que nous ne sommes pas complètement inutiles dans la société, enfin, c’est tout au moins ce que très modestement je ressens.
 Nous sommes à la parade du midi, une jeune fille d’une quinzaine d’années vient me voir, me dit bonjour, m’appe-lant par mon prénom et me faisant la bise.

- Bonjour Guy, comment ça va ?
- Bien merci, et toi ?
- Ça va… c’est maman qui va être contente de te voir, etc… etc…, à ce soir !
- A ce soir !

Parade du soir, la jeune fille, la maman, le papa, la famille au grand complet, effusions, bises, et que je te tutoies, que je t’invite à boire un coup… 
- A tout à l’heure à l’entr-actes ?
- A tout à l’heure.

 Dans ma caravane, toujours en compagnie de Jaboune, alors que je me prépare, je recherche dans mes souvenirs,
mes relations, mes amitiés, qui sont ces gens, d’où nous nous connaissons, leurs visages aux uns et aux autres m’é-tant totalement inconnus. Pourtant, eux ont l’air de telle-ment bien me connaître.

 La première partie du spectacle terminée, je sors de scène, passe au bar prendre mon paquet de cacahuètes, j’y retrou-ve la famille.
 Nous prenons un verre, puis, bien qu’un peu gêné, je pose quand même la question :
- Je suis franchement désolé, mais je n’arrive pas à me sou-venir d’où l’on se connaît ?
- Mais Guy
me déclare la maman, souviens-toi l’an dernier, à Brest, avec Guy Lux, au Centre Leclerc, tu m’as fait gagner mon poids en boîtes de petits pois !…

 

     C’est vrai que quelque part nous avons un métier fasci-nant. C’était touchant, à moins que certains puissent trou-ver ça ridiculement con. Moi je ne le pense pas, je suis mê-me certain qu’à deux reprises au moins, à cette charmante femme, j’ai apporté quelques instants de bonheur, si modes-tes furent-il.

 Mais, n'est-ce pas là l'essentiel !





*

 

 

     C’est dans le cadre de nos tournées à travers la France, qu’un soir d’été 71, sur le podium, près de Montauban, je fis la connaissance d’un Groupe connu uniquement sur cette région. Il s’appelait les « Goldfingers », qui deviendra dix ans plus tard « Gold ».

 Eux aussi, beaucoup plus tard m’apporteront, malgré une déception au final, pas mal de bonheur.

 

 Après deux saisons, le contrat entre la Radio et la marque d’apéritifs n’étant pas reporté, je décidais de faire cavalier seul, et de créer ma propre structure d’animation.

1970 - BEAUNE - en Ambassadeur Cusenier

                    ... mes 2 complices Claude Major & Claude Clair.       

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107 -                                                                                                                                                                                                                - 108

 

     Lors de mes soirées à La Boulange, je fis la connaissance d’un ventriloque qui avait déjà un certain renom, avec une marionnette très originale, un pingouin : David Michel & Nestor

 On devint très vite copain, ce qui nous amènera à vivre quelques aventures plutôt sympas.
 C’est l’époque du "Loto Chansons", Guy, indépendamment de cette émission qu’il présente, produit également toute la programmation du samedi après-midi, dont "Samedi à la carte", présentée par Bernard Golay (à l’époque mari de So-phie Darel).
 Le principe de l’émission… Bernard présente une liste de feuilletons, le public téléphone, et au fur et à mesure des sélections, tel ou tel sitcom est diffusé.
 David se trouva être le complice avec son mignon person-nage de Bernard.
 Comme toute les marionnettes de ventriloque, Nestor et facétieux, espiègle, impertinent, drôle bien sûr.
 Par exemple, un moment il fermait un œil se plaignant d’avoir mal, et demandait à David de l’emmener chez le "zieutiste"… il était repris par son manipulateur… on ne dit pas le zieutiste, on dit l’oculiste ! et le personnage de répon-dre… "c’est aux yeux que j’ai mal".
 Il sera donc fidèle aux rendez-vous du samedi.
 Dans le cadre de la présentation, effronté, Nestor deman-dait en permanence à Bernard Golay… t’as du chocolat ?… j’aime bien le chocolat.

 Ca deviendra un véritable leitmotiv et on entendra beau-



coup de gamins, prenant la petite voix de leur nouvelle idole, le déclarer, au point qu'un jour David fut contacté par Nestlé qui lui proposait d’apparaître avec Nestor sur l’emballage de petites tablettes de chocolat.

 Ce fut le triomphe. Il se vendit des centaines de millions de tablettes, et Nestor devint une véritable Star auprès des en-fants, au point que David dut créer une société de produc-tion, d’où découla une bande dessinée entre autres.
 Un soir on se produit au Grand Hôtel Méridien. Le tour est terminé, le public enthousiaste en redemande, c’est rappel sur rappel.
 A cette même époque, Jacques Martin le dimanche anime une de ses émissions "Le Petit Rapporteur", et depuis quel-ques semaines il distille avec son équipe… "La pêche aux moules".
 Ne sachant plus quoi raconter après le énième rappel, je souffle aux musiciens d’attaquer cette chanson, qu’automa-tiquement David se met à chanter… c’est le carton.
 Une idée folle germe alors.
 L’un des musiciens ayant un petit studio d’enregistrement place de la Bastille, dans l’heure qui suit on s’y retrouve et à huit heures du mat. la chanson est enregistrée, une semaine plus tard le disque est dans les bacs… il s’en vendra plus d’un million d’exemplaires.
 Toutefois cette aventure totalement improvisée, ne plaira pas à tout le monde, notamment à Maître Martin.

 Il invitera David dans son émission, et lui fera déclarer en direct qu’il s’engageait à verser tous les droits de ce disque à une association caritative.

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109 -                                                                                                                                                                                                                - 110



 Déconfit, David ne put faire autrement, et passa à côté d’un pactole non négligeable… c’est la vie.

 Lui aussi fait partie des fidèles qui me répondront présent lorsque je souhaiterai organiser ma soirée en hommage à José Garcimore.
 Lorsque je le contacterai, il est sur le point de partir en Suède, continuant de se produire en cabaret à travers le Monde.
 Pour la petite histoire : sans doute par superstition, David ne voulait pas que l’on voit son Nestor "mort", personne n’avait le droit d’être près de lui lorsqu’il le sortait de sa valise ou l’y remettait. On ne pouvait voir sa marionnette qu’en action... en un mot vivante.
 



   Je constate en parlant de David et de Nestor, qu’il est le troisième ventriloque que je côtoie dans ce monde du music-hall, le premier étant l’un des pionniers à la télévi-sion, Jacques Courtois, le second étant un certain Claude Warren.

 Personnage haut en couleurs, à l’accent chantant du Sud-Ouest, originaire de Tarbes, Claude m’a été présenté par mon ami Gérard Thierry.
 Il a une mignonne petite marionnette représentant un ca-niche du nom de Dandy.
 On fera pas mal d’animations ensemble, et tout comme Gérard lors de ses venues à Paris, Claude, sera mon invité lors de ses venues lui aussi.


 Un jour il m’appelle, venant au Parc des Princes pour le coup d’envoi d’un match de Coupe avec l’Equipe de France de Foot. Pour la circonstance il a sorti un disque pour les

supporters des Bleus, et fabriqué une énorme marionnette aussi grande que lui, représentant le fameux "Coq Gaulois" emblème des français.​

 Je passe sur l’ambiance lors de son arrivée en Gare d’Aus-terlitz et lorsqu’il débarquera chez moi avec son emplumé.
 Comme toujours, complètement inconscient des consé-quences que pourraient avoir mes idées, je lui propose de passer à TF.1 (pas encore privatisé à l’époque), que l’on de- 

1977 - Pau... Claude Warren & Dandy

vrait pouvoir passer au Journal de  vingt heures.
 Il ne me croit pas, mais encouragé par Monique, il finit par accepter l’idée, et nous voilà parti rue Cognac Jay où étaient les studios.
 Je crois que je verrai toujours la tête de Roger Gicquel lors-qu’il apercut le coq dans l’embrasure de la porte de son bu-reau. Il faut dire que ce talentueux journaliste avait des al-lures de cocker battu, parlant d’une voix monocorde, on avait l’impression qu’il avait vécu toutes les catastrophes qu’il annonçait… en un mot pas un drôle.

 Il devait être dix sept heures, soit trois heures avant le journal. En chemise, croulant sous les dépêches du monde entier, il peaufinait sérieusement sa présentation, notre arrivée chamboulant sa sérénité. Il fut toutefois relative-ment aimable, mais nous déclara qu’il ne pouvait rien faire pour nous.

 Alors que nous allions sortir de son bureau, il nous inter-pella une feuille à la main, une dépêche venait de tomber de son téléscripteur concernant le match… il eut alors un éclair, l’idée de la présence du coq dès l’ouverture du jour-nal.
C’est ce qui se passa.
 Pendant le générique d’annonce des titres, Claude et son pseudo volatile trônaient près du présentateur, qui fit le pont en annonçant le match du soir… sur une autre chaîne.
 Il fallait le faire, on l’a fait.
 Mon dernier contact avec cet ami remonte à la mort de Gérard Thiery en mai 2002… c’est lui qui me l’annonça.

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111 -                                                                                                                                                                                                                  - 112

     Quelques années plus tard je ferai la connaissance de Michel Dejeneffe et de son Tatayet, puis en 1987, lors d’une émission de Patrick "Coup de Pouce", où ma découverte du moment, Christian Cuinet fût sélectionné pour la finale, d’un autre ventriloque que l’on retrouve assez régulière-ment dans "Le Plus Grand Cabaret"... Christian Gabriel, avec un singe dont j’ai oublié le nom, mais complètement des-troye, à la fois drôle et émouvant comme le sont tous ces personnages.

Lyon le 08 avril 1987 - Christian Gabriel - Patrick

Christian Cuinet et son musicien Jean-Pierre Cusenier.

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     Le fait d’être, ne serait-ce qu’un mètre plus haut que les autres, d’avoir la voix amplifiée par une sonorisation, peut permettre des fantaisies dépassant l’entendement.
 Quelle sensation extraordinaire de voir, peu importe le nombre, deux cent ou quinze mille personnes faire ce que tu leur demandes de faire. Animateur de la fameuse "Ker-messe de la Bière de Maubeuge", avec mon ami Joël Alain – quel pied j’ai pris, en entendant ces quinze mille personnes me renvoyer l’écho de mes "est-ce que vous allez bien ?" - et de les voir se lever sur les tables, claquant en rythme leurs clefs de voiture sur les chopes de bière, uniquement parce qu'on le leur avait demandé.
 Pour les 30 ans de Joël, j’avais prévu un gâteau énorme avec à l’intérieur une streep-teaseuse. Lors de notre dernière rencontre le 14 juillet 2002, il me dédicacera cette photo
.



Notre Plymouth 4x4...

après les Mercédès rallongées et autre Cadillac

 Quel bonheur, quand dans une soirée au "Golf Royal de Casablanca", toute une assemblée, Ministres marocains compris, à deux heures du matin faisait la farandole, les pantalons remontés jusqu’aux genoux. Ou encore, lors du Réveillon du Nouvel An 1975… toujours à Casablanca, à l’Hôtel El Mansour, je fis tourner en bourrique les trois cent convives, dont une cinquantaine de Japonais, hilares de ce qui leur arrivait, sans rien comprendre, mais suivant avec joie le mouvement.

 Quel grand moment, quand on se sacrifie au public, pour sauver l’artiste qui passe derrière soi… Ce sera le cas cha-que soir de la tournée de Patrick en 1979.
 Et puis, il y a parfois des anecdotes par rapport à la noto-riété, qui te dépasse, et qui met en relief  l’importance que tu peux avoir au regard de certain.
 Je m’explique. La semaine où le Président Pompidou est décédé - 02 avril 74 - je suis en animation à Lannion en Bre-tagne.

 Un midi au restaurant nous sommes une dizaine de per-sonnes à table, face à moi un animateur de "tête de gon-dole" pour un produit frais. En cours de discussion, un mo-ment il me déclare....

- C’est génial ce que tu fais, moi j’ai un copain à Paris qui fait le même métier, c’est un bon lui aussi.
Bien, c’est sympa !
Il reprend... Guy Paqui... tu le connais peut-être !
Je le regarde, persuadé qu’il se fout de ma gueule.
... ah! bon, tu connais Guy Paqui ?
- oui, c’est un bon copain, on a pas mal bringué ensemble !

 Je suis stupéfait de découvrir que je suis un "bringueur", et 
après un jeu de chat et souris, je finis par insister sur le fait qu’il connaisse bien Paqui.

- C’est drôle ce que tu me dis, parce que je le connais moi très bien, c’est assurément un mec qui aime rigoler et bla-

... Kermesse de la Bière de Maubeuge - 10 juillet 1981

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115 -                                                                                                                                                                                                                 - 116

​... Nantes - 27 octobre 1971 - Rika Zaraï